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8 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
VIVRE LIBRE,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les derniers jours du monde (DVD)
Les frères Larrieu ont ce talent pour créer des images lourdes de sens, et qui hantent la rétine. Au début de ce film, nous sommes à Biarritz. La plage, les baigneurs, l'écume blanche des vagues sous un ciel plombé. Et déjà on ressent une inquiétude, un malaise. Les choses ne sont pas comme elles devraient être. Il y a ce plan de Mathieu Amalric et Catherine Frot, à une terrasse de café, et ces cendres grises qui commencent à tomber, dont on se débarrasse comme des pellicules sur une épaule de veston, mais qui commencent à devenir denses, gênantes, préoccupantes. C'est avant de savoir que le pays est au bord du chaos, avant de comprendre qu'un virus décime la population, que la guerre menace, que l'état d'urgence sera établi, que la fin du monde est proche...Jean Marie Larrieu choisit un thème difficile, et un genre peu abordé dans le cinéma français : l'apocalypse, la fin du monde. Ici, on est très loin de la vision hollywoodienne d'un tel thème, avec ces films catastrophes bourrés d'effets spéciaux, de paranoïa, désignation de l'ennemi, retour des valeurs morales, ensemble, soudés sous un même drapeau. Nous ne sommes pas non plus dans le registre de Robert Merle avec MALEVIL, bien que le parallèle des situations soit très proche. Il ne s'agit pas de réfléchir sur comment réinventer une société après sa destruction. Mais plutôt : comment jouir de nos derniers instants. Dans LES DERNIERS JOURS DU MONDE, Robinson (Mathieu Amalric) poursuit une femme qu'il aime, souhaite vivre ses derniers instants de vie avec elle, en France, en Espagne, au Canada, au Japon... Insensible au chaos ambiant, il parcourt le monde, à pied, à vélo, en scooter, en voiture ou camping-car. Le réalisateur entretient la situation par quelques scènes de barrages militaires, des extraits d'infos, le déménagement du gouvernement à Toulouse. Le propos central n'est pas la catastrophe annoncée, mais les conséquences sur les personnages, et Robinson en particulier. Continuer à vivre. Et chez les frères Larrieu, on aime vivre, manger, boire (Robinson emmène deux bouteilles de vin dans son sac, mais pas de chemise !). Et on aime aimer. Il y a toujours chez ces cinéastes une exaltation de la sexualité. Ca fornique à qui mieux-mieux ! Partout, tout le temps, et avec tout le monde, indépendamment des orientations des uns ou des autres, et incluant les rapports incestueux.. Rêve d'une société où les tabous seraient effacés, retour à l'état de nature. La dernière action des protagonistes (Robinson et Laé) : être nus en plein Paris ! En un mot : être libre, faire ses choix, ne pas suivre le troupeau (images impressionnantes de la feria, qui contraste avec l'épopée solitaire de Robinson, le bien nommé, donc...). Il y a une ambiance pesante, presque irréelle, qui plane sur ce film. Grâce aux images, grâce au rythme, grâce à la durée des plans, aux couleurs, aux déplacements de caméra (travelling arrière insensé dans un appartement, dont chaque pièce est peinte de différentes couleurs). Impression de vertige. Des personnages paumés dans les neiges du Canada, ou cette orgie dans un château du Lot, avec cocktail bleu, silhouettes fantomatiques, théâtralisation (apparition surréaliste de Sabine Azéma, comme sortie de Peau d'Ane de Jacques Demy !), qui n'est pas sans rappeler la célèbre scène de EYES WIDE SHUT. Comme Kubrick, les Larrieu ont le sens des images qui diffusent une émotion, des sentiments, sans que les personnages aient recours au dialogue, sans artifice psychologique. Une autre scène rappelle SHINING , dans un hôtel, où derrière chaque porte on trouve des cadavres, et notamment un homme accroupi au bout d'un lit, réplique exacte d'un plan de Kubrick. Il rappelle aussi parfois LA DOLCE VITA de Fellini, dans cette ambiance de malaise, et de mal-être. Dans son périple, Robinson ne croisera exclusivement que des femmes (l'avenir de l'homme ?). Il partagera du temps avec Ombeline (géniale Catherine Frot) qui fut la maîtresse de son père, et deviendra la sienne. Personnage étrange, largué, dans tous les sens du terme, qui cherche à être vraiment aimée, au moins une fois. L'ex-femme de Robinson (Karin Viard) désirant elle aussi une dernière étreinte, ou la fille de son ami Téo (Sergi Lopez) qui mourra juste après une dernière nuit d'amour avec Robinson. Et tous ces êtres en recherche d'amour, se démènent dans un environnement violent : explosions, saccages, tirs... Panique à bord, mais Robinson semble planer au dessus de ça. Le film se conclut sur une chanson de Léo Ferré, très forte, et plusieurs instrumentaux de Ferré sont utilisés pour la BO. LES DERNIERS JOURS DU MONDE est un film original, étrange et fascinant. C'est en tout cas du grand cinéma, loin des produits formatés, artistiquement ambitieux par rapport au tout-venant, qui puise sa force et sa beauté dans la mise en forme du récit. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
15 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Ultime souffle de liberté,
Par Ouhman (Paris 18) - Voir tous mes commentaires (TOP 1000 COMMENTATEURS) (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les derniers jours du monde (DVD)
On joue parfois à se poser la question de savoir ce que l'on ferait s'il ne nous restait plus que 48h à vivre. Certains agiraient exactement comme d'habitude, d'autres tenteraient de retrouver une dernière fois les personnes qu'ils aiment, il y a ceux qui s'abrutiraient d'alcool, de drogue ou de sexe, et ceux enfin, qui choisiraient leur mort. Tous se croisent ici, dans une France sur le point d'exploser avec le reste de la planète, une France où les fonctionnaires continuent de s'activer, tandis que les automobilistes s'engueulent dans les bouchons.Ambitieux et risqué, ce film représente un authentique pied-de-nez aux productions apocalyptiques centrées sur la survie de l'espèce. En effet, si le monde venait à s'écrouler, la dernière vraie question ne serait-elle pas plutôt, pour chacun d'entre nous : "Puis-je en profiter pour être libre ?". Plutôt que de montrer des humains s'agitant dans tous les sens comme des rats affolés, les réalisateurs ont préféré leur prêter des réactions qui les distinguent des animaux. Ici, ce n'est pas un revolver que le héros cherche désespérément, mais du papier, afin de poursuivre son journal. Une fois n'est pas coutume, j'ai trouvé l'adaptation cinématographique supérieure au roman duquel elle est issue. Moins prétentieuse, moins ennuyeuse aussi, elle a cette chance de bénéficier d'acteurs remarquables de justesse. Une des meilleures surprises de 2009, à déconseiller fortement aux amateurs de films catastrophe, que le titre pourrait induire en erreur. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
2.0 étoiles sur 5
Abrégez nos souffrances...,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les derniers jours du monde (DVD)
À quelques jours de la fin du monde, Robinson (!) décide de retrouver sa liberté vis à vis des femmes et d'une en particulier...Film étrange, ambitieux certes, mais mal maîtrisé et au final, en partie raté. L'idée de situer l'action au moment de l'apocalypse était bonne, la proximité d'une telle catastrophe devant fatalement exacerber toutes les passions. Mais cela impliquait soit de la jouer à l'américaine, façon film catastrophe avec le budget que cela implique, soit au contraire d'en rajouter dans le minimalisme et la sobriété, façon film français, pour se concentrer sur les personnages. Mais ici, le choix n'est jamais clair, les metteurs en scène essaient constamment de hisser leur film à une dimension plus spectaculaire, en vain. On a l'impression d'assister à un film de série Z, aux figurants mal dirigés, aux effets spéciaux cheap, etles motivations des héros n'en sont pas plus convaincantes pour autant. Ni Catherine Frot ni Karin Viard ne sont bonnes dans ce film. Au vu de leur filmographie, ce n'est évidemment pas leur talent qui est en cause mais le scénario et la direction d'acteurs. Mathieu Amalric joue également très platement mais je suis en général assez peu convaincu par ses prestations. Beaucoup de scènes nues laissent envisager un film qui voulait explorer cette voie (libération des corps, libération des âmes ?) sans là non plus parvenir à autre chose qu'à rendre ces chairs tristes... Un échec honorable donc car le film ne manquait pas d'ambition mais sur le papier, au scénario (ou dès le roman pour ceux qui l'ont lu), échec prévisible. Et désormais avéré. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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