Pour son quatrième album en studio, on ne reprochera pas à Stéphane Sanseverino de pleurer la marchandise : plus de huit mois de préparation, 17 chansons au menu, et la relecture non expurgée des œuvres complètes de Michel Audiard (
Les Tontons flingueurs en tête), à défaut d’alibi, le garçon a de l’allure, et de l’allant. Et des lettres, et de l’énergie.
La ventilation façon puzzle débute donc par une chanson-titre qui tente d’accréditer que l’argent (tout du moins la fausse monnaie) fait le bonheur, et se poursuit par de vigoureuses incursions au royaume de San-Antonio (le jazz bande dans
« Riton et Rita », et son fabuleux « il était très Gucci/elle était très goût de chiotte aussi »), ou dans l’univers lunatique de François Béranger (« Finis ta vaisselle ...ou tu finiras ta vie seul »). Pour le reste, Sanseverino joue au dur (
« Tu n’en as plus rien à foutre de moi », où l’on retrouve son goût pour la musique manouche), ou au doux dingue (
« La Reine du périph »), et revendique haut et fort une philosophie basique : il ne faut jamais renoncer à un mauvais calembour.
S’offrent alors à nos oreilles ébahies
« Le Grand Grégory » (ou l’histoire d’un SDF, qui, tout comme son petit homonyme, finit dans un sac en plastique), des conseils à la jeunesse (tuer, tue), ou des chansons de marins pour rire et vraies histoires de femmes hospitalières. Et le marlou achève cet opus pour affranchis par, comme il se doit, une pure et roborative déclaration de haine (
« Je t’aime pas »), sur fond de guitare grasse et sudiste, en écho d’un Henri Salvador enfin déchaîné (« tu vas te manger/une bonne raclée »).
Versant hold-up, le chanteur fait main basse sur le
« Boy Named Sue » de Johnny Cash, dans une adaptation dans la langue de Voltaire, particulièrement risquée, mais dont il se sort avec les honneurs. Plus irrésistible,
« La Salsa du démon » et sa reprise sautillante convient à merveille au Napolitain à queue fourchue. Élargissant son registre dans des couleurs rockabilly, jazz, ou bluegrass dans lesquelles il se trouve particulièrement affûté, Sanseverino offre ses chansons comme on dessine une planche de bande dessinée : un coup de crayon incisif, quelques couleurs relevées, et beaucoup d’humour, en politesse du désespoir. Un cas unique dans le panorama de la chanson francophone.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story