Drôle de type, ce Monsieur Hire! Pas causant, peu sociable, il mène une existence solitaire et monotone dans son appartement de Villejuif, vivant de petites arnaques minables. Sa concierge ne l'aime pas. Ses voisins l'évitent. Pire, depuis qu'une femme a été retrouvée assassinée sur un terrain vague des environs, la police surveille ses faits et gestes... Ne ferait-il pas, en effet, un coupable idéal, ce bonhomme un peu glauque, au passé flou et au physique ingrat? Hire, lui, ne dit rien. Indifférent au monde hostile qui l'entoure, il ne connaît que deux plaisirs: jouer au bowling et espionner l'intimité d'Alice, sa voisine, par la fenêtre de sa chambre... Jusqu'au jour où...
Paru en 1933, ce livre est à mon humble avis l'un des très grands romans de Simenon. Comme souvent chez lui, l'intrigue recèle un crime, mais celui-ci n'est pas là pour susciter un suspense policier. Non, c'est plutôt le déclencheur qui met en mouvement la roue de la Fatalité. Car le grand personnage de ce roman, son principal protagoniste, plus encore que Monsieur Hire, c'est le Destin, un Destin froid, cruel, implacable, contre lequel toute lutte paraît vaine. Rarement Simenon est allé aussi loin dans le pessimisme et la noirceur. Ce livre, c'est l'histoire d'un homme condamné d'avance par la Société parce qu'il n'a pas "la gueule qu'il faut", parce qu'il ne dit pas les mots qu'on attend de lui, parce qu'il ne rentre pas dans le "moule" collectif...
Magnifiquement adapté au cinéma par Julien Duvivier en 1947, puis par Michel Blanc en 1989, ce chef-d'oeuvre à l'écriture merveilleusement fluide n'a rien perdu de sa force émotionnelle ni de sa pertinence. Un classique!