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Voici très grossièrement résumée la thèse de Thomas Piketty. En moins de trois ans, ce jeune normalien, passé par le prestigieux MIT et membre du Conseil d'analyse économique (CAE) mis en place par le Premier ministre, a réussi à devenir le contempteur des titulaires de hauts revenus... et des « libéraux de gauche » de la majorité plurielle aujourd'hui ralliés à la baisse des prélèvements obligatoires. En 1998, déjà à contre-courant, Piketty soutenait que les baisses d'impôt sur le revenu n'avaient aucun effet économique - sinon de procurer un avantage injustifié aux contribuables aisés - et qu'elles vidaient les caisses de l'Etat.
Cette fois, Thomas Piketty veut démontrer que les impôts sur le revenu et sur les successions, relativement élevés en France, ont permis de limiter l'accumulation du capital dans les mêmes mains durant tout le XXe siècle. Et qu'ils ont donc permis l'émergence de nouvelles générations d'entrepreneurs.De ce fait, les rentiers ont dû « manger » une partie de leur patrimoine pour maintenir leur niveau de vie.
Pour arriver à ces constats, l'auteur a épluché, avec une petite équipe de fonctionnaires et de collaborateurs, les revenus et le patrimoine des Français jusqu'en 1998. Un travail considérable et méticuleux repris dans le livre, qui donne d'ailleurs à ce dernier un caractère aride et complexe. L'intérêt de l'ouvrage tient évidemment plus dans la thèse qu'il défend que dans le plaisir de la lecture. Il s'agit d'une vigoureuse réhabilitation de l'efficacité économique de l'impôt, qui tranche avec l'opinion largement dominante prêchant la neutralité fiscale au nom de cette même efficacité. Indirectement, Piketty rend également hommage aux hommes politiques. Si les inégalités se sont réduites en France, ce n'est pas par un processus économique naturel et spontané, mais par la volonté de gouvernements successifs d'utiliser l'arme fiscale.
Historiquement, les démonstrations de Piketty sont sans doute justes. Mais la thèse a une faille d'importance : comment peut-on soutenir qu'aujourd'hui un impôt lourd favorise la méritocratie ? Un cadre ou un jeune créateur d'entreprise sans patrimoine personnel ou familial, qui ne peut réussir par son seul travail, verra immanquablement ses revenus salariaux laminés par l'IR. En maintenant des taux élevés, les rentiers seront peut-être un peu moins fortunés, mais les autres pourront-ils un jour devenir riches. --Patrick Coquidé
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