Dès le début l'atmosphère particulière de l'oeuvre s'impose. Un peu comme dans "la nuit du chasseur" de Charles Laughton, bien que celui-ci ne soit pas un film de terreur.
"Les innocents" ou comment concevoir un formidable chef d'oeuvre en respectant la règle en or des trois unités : un bon scénario, un bon réalisateur, de bons acteurs. Après celà, plus besoin d'interminable dialogue et encore moins de trucage abrutissant de gavage. Car c'est bien là l'un des points fort du film, on nous montre peu de choses, on nous en dit encore moins, on nous suggère avant de nous faire douter sur cette même suggestion. Est-elle folle cette splendide Déborah? Sombre t-elle vraiment dans la folie? Est-ce ces "innocents" qui sont victimes de revenants? Possédés? Ou victime du fanatisme religieux de leur nurse? Comment savoir?
Apparitions furtives auxquelles se rajoute se qui semble bien être une terrifiante complicité des enfants avec les forces démoniaques. Une retranscription physique de la débauche d'une jeune femme et d'un jardinier qui se réincarne dans le corps et la mentalité de deux enfants. Formidable Déborah, formidable Martin Stephen (que l'on peut voir tout aussi inquiètant dans un autre chef d'oeuvre, "Le village des damnés"), un noir et blanc magique qui approfondi le mystère. Les images sont belles, tout ce qu'il y a de plus belles. L'ambiance, menée par une musique capable de discrétion mais stressante à la fois, atteint les sommets de l'inquiètude. Rares sont les films d'une telle ampleur, et qui à ce point flirt avec la perfection. Digne du "village des damnés", de "La maison du diable", et même un peu mieux je dirai que "Rendez-vous avec la peur", c'est peu dire. Plus proche de nous, seul "Shinning" peut y être comparé, voir peut-être, j'emettrai une réserve, "Les autres" qui parait-il s'en serait inspiré. Une oeuvre majeur.