Voila un formidable ouvrage,dont on a pourtant-allez savoir pourquoi-trés peu parlé lors de sa parution en 2003 mais qui est toujours au catalogue d'Amazon.
Signé par Raouf Oufkir,un des enfants du fameux général marocain,dont on a parlé en France à propos d'une certaine affaire,ce livre raconte les vingt années passées dans les prisons du roi,par la famille Oufkir aprés l'assassinat de leur père et mari.
On suit non seulement le calvaire des prisonniers d'un bagne en plein désert mais aussi,vers la fin, leur évasion rocambolesque,minutieusement préparée,leur errance pour survivre dans une société policière,leur appel à des personnalités françaises,dont notamment maitre Kiejman dont le dévouement permettra aux évadés de retrouver définitivement la liberté.
Mais les faits évoqués ci-dessus et qui pourraient dèja à eux seuls constituer un roman d'aventure avec sa part de tragique et sa Happy End ne sont pas l'essentiel de ce livre.Il y a dans cet ouvrage une autre histoire alternant de chapitres en chapitres avec la première.
L'auteur raconte,sur plusieurs dècènnies,avec un talent d'écriture et un sens de la construction romanesque qui laisse admiratif,ce que fut,au plus haut niveau,le contexte politique du Maroc d'Hassan II depuis l'affaire Ben Barka dans les années soixante jusqu'aux approches de l'an deux mille.
L'affaire Ben Barka,la tuerie de Skirat,l'attaque du Boeing royal:qui aurait mieux décrit que ce témoin privilégié,Raouf Oufkir,la tragédie coexistentielle,tout au long de ces années, du terrible triangle de pouvoir formé par le palais,l'armée et les forces dites "progrèssistes" dont Médhi Ben Barka fut une des figures les plus emblématiques.
Certes,l'auteur ne condamne pas son général de père-ancien de l'armée française puis proche de Mohammed V-et s'efforce d'expliquer ce qu'il fut.Ce n'est pas un témoin impartial mais comme l'on dit:"l'Histoire tranchera".
Quels que soient les jugements de l'Histoire,voila un document qui devrait passionner tous ceux qui aiment ce pays si proche et si lointain.L'édition de 2003 est assortie d'une iconographie qui permet de mieux imaginer cette famille de la haute société marocaine au destin tragique.