J'ai donné quatre étoiles, car certains aspects du livre en méritent cinq, et d'autres trois.
Du côté positif, comme le relèvent les autres critiques, la quantité de faits amassés est impressionnante. Le livre s'appuie sur un travail de documentation considérable. Il balaie des sujets très divers. Et la principale réussite de l'auteur est de faire un tri honnête entre clichés et réalités. Il est très difficile sans doute de poser un regard dépassionné sur la société dans laquelle on vit, et en particulier dans un pays où on a choisi d'émigrer. De ce point de vue, le livre de Karyn Poupée est admirablement bien senti.
Du côté négatif, certains choix éditoriaux m'ont paru peu judicieux.
Le titre est déroutant. Un sous-titre comme «Economie et société japonaises face au défi de la modernité» n'aurait pas été en trop, qu'on comprenne le sujet.
Le principal défaut du livre est de n'avoir aucune référence, aucune note de bas de page. On ne s'en étonnerait pas s'il était plus court, mais il compte 500 pages et des dizaines de statistiques, sinon une centaine, pour appuyer le propos, sans compter les faits historiques ou anecdotes dont il est parsmeé. En somme, il y a là le potentiel d'un livre qui pourrait servir de base à des travaux sérieux sur l'économie japonaise (d'étudiants de licence par exemple), mais dont les références sont invérifiables.
Le style journalistique dessert parfois l'auteur. Il y fleurit des expressions orales, des clichés de la langue, qui jurent avec la qualité du fond, et finissent à mon sens par alourdir le propos. Le livre donne l'impression de pouvoir être réduit d'une centaine de pages sans peine, en élaguant certaines phrases ou passages superflus. Cela aurait exigé un travail d'éditeur important, qui n'a hélas pas été fait.
Enfin mon regret personnel, ma frustration, est qu'une question essentielle soit laissée en suspens. À quoi le Japon doit-il son avance technologique, qui est le fondement de sa puissance économique? Les explications fournies sont un peu courtes: la nécessité de dompter une nature difficile, et une volonté politique exceptionnelle au sortir de la guerre. On ne saura pas d'où sortent les excellents ingénieurs que forme l'archipel, le livre étant très succinct sur le système éducatif. Et plus embêtant peut-être, comme dans bon nombre de cours d'histoire ou d'économie, tout commence en 1945, alors qu'il aurait probablement fallu aller chercher plus loin dans la riche et très originale histoire du Japon pour comprendre ces quatre décennies hors du commun, de 1950 à 1990.