Un discours qui change l'histoire du sport
«A-t-on brûlé les livres de Francis Scott Fitzgerald, au prétexte qu'il était un grand amateur devant l'éternel de la dive bouteille ? A-t-on interdit les oeuvres de Baudelaire, membre du Club des Haschischins, qui croyait dur comme fer qu'il avait besoin de drogue pour entrer dans la dimension artistique. Et les écrits d'Hemingway, Malraux ou Verlaine ont-ils été censurés en raison du penchant de leurs auteurs pour les psychotropes ou l'alcool ? Non, non et non ! On a laissé ces écrivains puiser dans ces substances les quelques molécules de génie qui leur ont permis d'entrer dans la légende.
Alors pourquoi refuser aux sportifs ce que l'on accorde aux artistes ? Pourquoi interdire une préparation optimale et scientifique des corps pour la compétition ? Au nom de quelle morale bannit-on les athlètes qui cherchent eux aussi le meilleur moyen d'atteindre la perfection dans leur discipline ? Qui a fait du dopage un gros mot honteux ?
Et puis qu'est-ce que le dopage ? Quoi de plus difficile à définir ? Sûr de lui, un dictionnaire nous assène qu'il s'agit de I'"emploi d'une substance destinée à accroître artificiellement et provisoirement les capacités physiques de quelqu'un". Est-ce à dire que prendre une tasse de café pour ne pas s'endormir après le déjeuner c'est se doper ? Devrions-nous bannir de nos cuisines le thé, le chocolat, le sucre et tous les aliments qui donnent un coup de fouet parfois salutaire ?
Et ces travaux de diététiciens qui permettent d'optimiser les capacités du corps ou du cerveau en améliorant l'alimentation sont-ils à classer au rang des pratiques douteuses et contestables ? Dix fruits ou légumes par jour, c'est aussi du dopage ? Respecter la fréquence d'ingestion des grands groupes d'aliments, n'est-ce pas chercher aussi à accroître ses capacités physiques ?
Et la sieste ? N'a-t-elle pas pour seul objectif un meilleur rendement de l'activité de l'après-midi et de la soirée ? Il n'est pas jusqu'à la qualité de la literie qui ne puisse être soupçonnée de pratique cousine du dopage. Un bon lit permet de bien dormir. Et bien dormir permet d'être en pleine forme, provisoirement.
Il y a pire : l'entraînement. Tout entraînement vise à améliorer les performances. Plus on pratique la course à pied, plus on peut courir longtemps, plus on peut courir vite. L'unique but d'un entraînement est d'accroître artificiellement et provisoirement les capacités physiques de quelqu'un. Bref, c'est du dopage.
Alors, où se situe la limite entre le coureur dopé et celui qui ne l'est pas ? Qui peut sérieusement croire que cette limite est définie par une liste de substances interdites édictée par les autorités mondiales du sport d'hier ? Une liste où figure le cannabis, dont il est prouvé qu'il n'améliore aucune capacité physique si ce n'est celle de rire très fort, mais dont sont absents le café et le sucre deux des plus grands produits dopants.
La solution viendrait-elle d'une distinction entre des produits naturels et d'autres qui ne le sont pas ? Le sucre est naturel, alors il est autorisé. Les stéroïdes anabolisants sont artificiels, alors ils ne le sont pas. Mais la feuille de coca, qui est parfaitement naturelle, devient un puissant dopant lorsqu'elle est consommée à haute dose. Et le sang, quoi de plus naturel que le sang ? Or, la mode de ces dernières années le place au centre des stratégies de dopage. Une prise de sang en période d'entraînement et une perfusion de ce même sang en période de compétition.