C'est le meilleur film de Vadim. Rarement une adaptation n'aura été aussi réussie, loin du faste maniéré de Frears ou de la superficialité de Dayan.
D'abord la musique : jazz (Thelonious Monk), cha-cha, mambo ... et même la Marseillaise!
Ensuite les dialogues (Roger Vailland) d'une précision plus pernicieuse que les actes :
Mme Volange (Simone Renant) veut faire épouser sa fille Cécile (vierge) à un riche Américain qui pourrait être son père. Elle demande son avis à Juliette Valmont (Jeanne Moreau) : "Connaissez-vous Jerry?" (l'Américain en question). Juliette, qui est en secret la maîtresse de Jerry, répond aussitôt "Juste un peu : à fleur de peau".
Un peu plus loin, Juliette, qui veut se venger de Jerry, demande à son époux (Gerard Philipe) de dépuceler Cécile avant le mariage : "Il croit épouser la Vertu, il faut qu'il épouse le Vice".
A Megève, où tout le monde est réuni, Jerry demande à Juliette si elle est fâchée de le voir épouser Cécile, Juliette répond en souriant "Pas du tout! Je vous prépare même un cadeau de mariage (le dépucelage de Cécile)".
Et puis, bien sûr, il y a la distribution. Les années 60 sont les années de la suprématie de Jeanne Moreau (Louis Malle, Antonioni, Orson Welles, Joseph Losey...). Elle rayonne. Gérard Philipe, lui, est impressionnant : son sourire fabuleux, son regard, son intelligence, et puis sa sensibilité, qui contredit son cynisme apparent : étant tombé amoureux de la femme mariée (Annette Vadim) qu'il a conquise et qu'il devrait rejeter, il hésite à rompre. Excédée par son manque de fermeté, c'est Juliette qui prend le téléphone et qui, devant lui, transmet le télégramme de rupture. Dans son regard, sans bouger, sans rien dire, il exprime alors toute la vacuité de sa conduite passée...
Un film en tout point remarquable.