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Apothéose de Charlot et du cinéma muet, 30 mai 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Lumières de la ville - Édition Digipack 2 DVD (DVD)
Il est dit que ce film est le dernier grand film muet. Si tel est le cas, Charlie Chaplin nous offre une apothéose. On sait son aversion pour le cinéma parlant qui, selon lui, ne fait que dresser la barrière des langues entre les hommes alors que le cinéma muet est universel. On peut aussi se convaincre que Charlot étant un personnage de pantomine, Chaplin craignait de le voir perdre de la force d'expression avec la parole. Ce film nous donne donc l'occasion de voir l'apothéose du personnage Charlot, et quel plaisir de le voir autant dans les gags nombreux et toujours de bon goût que dans ces registres poétiques et touchants qui font la marque intime du personnage. J'ai beau avoir vu de nombreuses reprises les "Lumières de la ville", c'est toujours avec une joie non dissimulée que je regarde à nouveau les tribulations de ce petit bonhomme pris dans une grande histoire d'amour avec un c½ur énorme comme ça. Chaplin a eu un grand succès avec ce film. Pour juger de sa popularité, il faut aller chercher dans le disque de bonus de cette collection. Regardez l'accueil réservé à Chaplin lors de son arrivée en Autriche, dans le premier petit film d'actualité où l'on entend sa voix. Dès la descente du train, il ne peut pas mettre les pieds par terre, la foule le portant de longues minutes. C'est incroyable ! Quel metteur en scène et acteur aujourd'hui aurait un tel accueil ?
"Les lumières de la ville" est un monument du cinéma, pouvant être vu de 7 à 77 ans, comme la lecture de Tintin. S'adresser à tous avec talent et simplicité, c'est tout simplement la marque du génie, assortie bien entendu d'un travail colossal !
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5.0 étoiles sur 5
Quoi dire...., 28 décembre 2007
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...Que des mots vides ou des évidences comme "chef d'½uvre absolu" ! Pas une image, un regard un geste, un gag ou un accessoire pour rien. Roméo qui découvrira Juliette mais après un quête initiatique dans une Amérique déjà en crise ; deux êtres purs dans un monde de pitres.
Film comique, poétique... ou déjà réalisme social ?
Un des rares films qui, la cinquantaine passée, me tire toujours quelques larmes à l'instar de la Strada de Fellini.
Tiens à ce sujet, il n'y a vraiment aucun éditeur qui puisse rééditer La Strada en VO sous titré Français... le patrimoine mondial en sortirait grandi.
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5.0 étoiles sur 5
LA PERFECTION EXISTE !, 21 décembre 2007
Ce commentaire fait référence à cette édition : Les Lumières de la ville - Édition Digipack 2 DVD (DVD)
LES LUMIERES DE LA VILLE est un film bâti autour de l'illusion. Tout commence par un quiproquo. Une jeune fleuriste aveugle tend un bouquet vers ce qu'elle pense être un jeune et riche millionnaire. L'homme est en fait un vagabond, qui, ne souhaitant pas briser le rêve de la jeune femme, lui laissera croire à sa bonne fortune. Elle le croit riche et amoureux, il s'efforcera donc de jouer ce rôle.
Voici le point de départ d'un des films les plus réussis de Charlie Chaplin. A l'écran, cette scène est éblouissante. Chaplin doit nous faire comprendre immédiatement la méprise de la jeune fleuriste. Tout le film tient sur cette idée. Chaplin jouera sur le son d'une portière de limousine qui claque. Notez que le film est muet ! Charlot, qui est là par hasard, comprend alors que la jeune aveugle le prend pour l'homme de la limousine, alors que celui-ci est déjà reparti. Chaplin aura très longtemps cherché le moyen de tourner cette scène (comme le montre le making of), qui est capitale. A partir de là, tout sera bâti sur cette illusion. Elle croit que son samaritain est riche, Charlot n'osera la contredire.
Dans le même ordre d'idée, un milliardaire oisif et alcoolique se prendra d'amitié pour ce vagabond, qui l'a sauvé du suicide. Lorsqu'il est saoul, les deux hommes sont les meilleurs amis du monde. Lorsqu'il est sobre, Charlot est traité en paria ! Encore une fois, méprise et illusion.
LES LUMIERES DE LA VILLE hisse le principe du cinéma de Chaplin à la perfection. La comédie burlesque côtoie le mélodrame et la satire sociale, dans un parfait équilibre. Les gags sont nombreux et irrésistibles. La scène du dancing avec le milliardaire éméché est un régal, à revoir 4 fois pour lire tous les gags qui passent sous nos yeux. Le match de boxe, véritable chef d'oeuvre de chorégraphie. Chaplin devant une vitrine yeutant une statue antique. Certains gags sont presque surréalistes, comme cette scène où Chaplin habillé riche et en Roll & Royce, botte les fesses d'un clochard pour lui piquer un mégot de cigare tombé par terre ! La mise en scène de Charlie Chaplin est d'une précision diabolique. Sa technique de tournage consistait à tourner 100 fois la même scène, la faisant évoluer jusqu'à la perfection. Son indépendance financière, à Hollywood, lui permettait ce qui était refusé à tout autre metteur en scène. Il n'y a pas un plan dans ce film qui ne soit pas à sa juste place.
La fin du film est très célèbre, l'émotion culmine dans une des plus belles scènes de l'histoire du cinéma. Je ne vais pas la raconter, pour ceux qui ne s'en souviennent pas, mais je défie quiconque de rester stoïque devant une telle beauté, une telle poésie.
Ce DVD offre un film parfaitement restauré, ainsi qu'une multitude de bonus passionnants. Une scène coupée au montage (Charlot aux prises avec un bâton coincé dans une plaque d'égout, extrêmement gêné, finit par être entouré de dizaine de badauds ébahis !) en constitue la pièce maîtresse, ainsi que des images du tournage, des courts métrage...
Il est difficile de dire si LES LUMIERES DE LA VILLE est le meilleur Chaplin. C'est en tout cas à mon sens le mieux construit, le plus homogène. LES TEMPS MODERNES ou LE DICTATEUR, plus virulents et visionnaires, apparaissent davantage comme des suites de tableaux. Ici, toutes les scènes s'imbriquent, se répondent, et amènent au dénouement. Le propos reste corrosif, mais la forme tient de l'épure. Ce sera le dernier pur film muet de Chaplin, la quintessence de son art. Dans l'irrésistible scène d'introduction (inauguration d'un monument par le staff municipal) le cinéaste tourne en dérision le cinéma parlant. Les discours sont des borborygmes incompréhensibles et tordants ! Chaplin nous le dit explicitement : le parlant, je peux m'en passer, et rester fidèle à mon art. Les 80 minutes qui suivent lui donnent définitivement raison !
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