Enfin un livre qui fait du bien et qui questionne l'impossibilité du débat qui domine notre société. Elisabeth Lévy, au verbe tranchant et juste, met en avant dans cet essai, une forme de dictature masquée de la bien-pensance à la mode. Elle s'attaque autant aux détracteurs de Le Pen qui empêchent le dialogue des électeurs de ce parti -qui a passé le 2ème tour des élections présidentielles- qu'à la cohorte de gens qui ont choisi Robert Hue pour faire en sorte que le parti communiste ne redevienne plus un parti populaire et militant. Pourquoi? Toujours dans un but de domination des idées des uns sur les autres.
La journaliste audacieuse démonte toutes les stratégies de la gauche dominante et des individus se cachant derrière de belles idées, pour montrer à quel point la censure fait rage. Elle met en valeur la dangerosité de dogmes inviolables au nom du Bien commun qui empêchent certains débats de faire surface et de régler les problèmes que la réalité fait émerger.
Elle traite différents sujets d'actualité que nous n'avons pas forcément en tête: l'arrivée de Le Pen au 2ème tour, le problème de l'Algérie, l'affaire Yonnet, la complexité de la situation yougoslave, l'art contemporain (attaque contre Jean Clair), le Kosovo, le jeunisme comme un naufrage, Daniel Cohn-Bendit.
Le style est fort, anguleux, humoristique.
Voici un florilège de ses meilleures citations:
"Les maîtres-censeurs se déchaînèrent avec leur bonne conscience habituelle et leurs méthodes bien connues, haïssant au nom de la générosité, excluant au nom de la tolérance, méprisant au nom du respect." (sur l'accession de Le Pen au 2ème tour. Pas de débat, que des attaques.)
"Faut-il rappeler que la marque d'une pensée libre est de ne pas aller là où on l'attend?"
"Et la liberté de pensée, célébrée avec d'autant plus de frénésie qu'elle disparaît, est réservée à ceux qui pensent comme tout le monde."
"Pour éviter la contagion de l'ensemble du corps social par des mauvaises pensées qu'on ne sait pas "traiter", il est indispensable d'isoler les germes nuisibles (...)les esprits doivent désormais, pour se protéger,enfiler des préservatifs mentaux."
"Plus le nombre des médias se multiplie, plus leur "indépendance" s'accroît, plus ils pensent et proclament tous la même chose."
"On a juridiquement tort, quand on est politiquement déplaisant."
"Qui n'est pas avec moi est contre la liberté."
"L'Histoire, en somme, est toujours écrite par des hommes. Que ceux-ci renoncent à renoncer et il redevient possible d'agir sur le monde."
Merci au commentateur Johan Rivalland de m'avoir fait découvrir ce livre qui n'est pas dans mes habitudes de lecture et qui m'a enrichie intellectuellement au point que je le fasse partager à d'autres personnes de mon entourage. Un excellent ouvrage pour exercer son esprit critique: rare et marquant.