Cet enregistrement des Noces ne réglera peut-être pas la question de la discographie car il ne comporte que les numéros musicaux, et encore : pas tous, mais... Karajan, tournant le dos au Mozart "charmant", déchaîne un déluge sonore (et pas seulement musical) inouï qui, avec au moins 30 ans d'avance (1950 !), coupe l'herbe sous les pieds des baroqueux(*) tout en bénéficiant de la densité des timbres de l'orchestre moderne et de l'idiomatisme du Philharmonique de Vienne. C'est donc une version qui synthétise tous les aspects des Noces - tout en étant le contraire d'une version tiède ou d'un juste milieu ! Les chanteurs sont quant à eux quasiment tous insurpassés dans leurs rôles respectifs, et leur confrontation est en cohérence absolue avec la tornade orchestrale. Böhm (DG), Kleiber, Solti, Giulini ou encore Muti vous donneront des Noces plus INTEGRALES mais certainement pas plus COMPLETES. (*) En 2001, René Jacobs déclarait à Répertoire à propos des Noces : "Ce sentiment de panique, de tempête, de point de non-retour, c'est cela que je vais reproduire. (...) L'on rend justice à la musique de Mozart en demandant à des voix contrastées, parfois jusqu'à la caricature, de se mettre à chanter ensemble. (...) Alors (...) sélève le chant unique et magique de Mozart(...)". 51 ans plus tôt, Karajan l'avait compris et, lui, réussi.