En 1996 Maria Joao Pires enregistrait une intégrale encensée des Nocturnes de Chopin, dont voici une sélection. Ce genre de pièces courtes pour piano fut initié par l'irlandais John Field, avant d'être porté par Frédéric Chopin à un niveau inégalé de science mélodiste et mélancolique.
La pianiste portugaise s'y montre d'une rare éloquence, ciselant chaque note, colorant chaque motif avec une élégance raffinée et un sens exceptionnel du cantabile. Une technique brillante au service d'un jeu fluide et subtilement poétique, une douceur expressive faite de chaleur et de passion, qui privilégie l'émotionnel en évitant soigneusement le sentimentalisme.
Il est bien difficile de ne choisir qu'une seule version de nocturnes de Chopin. On ira bien entendu chercher la simplicité et la grâce naturelle d'un Rubinstein, on ne pourra se passer de l'inaccessible himalaya d'un Claudio Arrau, ou plus près de nous de la vision magique d'un Nelson Freire. C'est sans doute dans cette lignée d'enregistrements indispensables que s'inscrit Maria Joao Pires. S'identifiant plus que jamais au mot de Chopin qui réclamait que l'on "chante avec les doigts", elle sonde l'âme à la recherche de ses orages intérieurs, laissant l'auditeur aux prises avec le lyrisme des ombres de la nuit.