Sans doute Rameau a-t-il été le premier à concevoir des opéras alliant farce, drame, effets théâtraux, effet de distanciation, ballet, parodie, beauté, grotesque, critique sociale, commedia dell'arte'
Avec cet opéra, Rameau le virtuose du théâtre musical français du XVIIIe siècle parvient à décliner tous les genres : comédie lyrique, comédie-ballet ou tragédie lyrique, opéra bouffe italien ou pastorale française, comédie de m½urs éclairée ou parodie insolente... Les Paladins est un véritable « Gesamtkunstwerk » cent ans avant les grands appareils romantiques, cent cinquante avant les premières comédies musicales, des genres qu'il annonce pourtant tous deux, du moins dans sa conception formelle. Un véritable scandale pour le public parisien de 1760, à peine remis de l'imbécile Querelle des Bouffons, qui opposa Rameau à Rousseau six ans auparavant. Rameau sait parfaitement écrire dans le style qui lui plaît, franco-italo-lyrico-dramatico-bouffe, et qui fait encore les délices du public 250 ans plus tard. Il marie le conte et la farce, l'érotisme et la morale, le sérieux et l'humour, le réel et le fantastique avec la prégnance et l'abondance débridée de son langage musical.
Avant tout versé dans l'opéra baroque, Konrad Junghänel ne pouvait que s'intéresser à cet opéra foisonnant, aux tons si variés, qu'il dirige avec expressivité et tension dramatique. Ce nouvel enregistrement souligne magistralement l'infinie palette de coloris instrumentaux inventés par Rameau, véritable précurseur de la grande orchestration à la française ; à ce titre, les nombreux intermèdes dansés le révèlent dans tout son éclat. Les chanteurs à des jeunes écoles russe, roumaine, états-unienne à possèdent pour la plupart une énonciation française tout à fait satisfaisante. Voilà un réalisation tout à fait digne d'éloges.