Vous trouverez dans les nombreux commentaires écrits par les lecteurs, abondance d'éloges qui est en grande partie méritée.
J'ai longtemps hésité avant de me lancer dans la lecture de Ken Follett. Je devinais, derrière les nombreuses critiques dont j'ai pris connaissance, un auteur talentueux, mais ses romans à caractère «Espionnage» ne m'ont jamais tentés, n'affectionnant pas vraiment ce genre littéraire. C'est en découvrant que l'auteur c'était aussi essayé aux romans historiques que j'ai décidé de franchir le pas, et de lire, pour commencer, «Les Piliers de la Terre». Bien m'en a pris !
Il s'agit d'une œuvre remarquable sur bien des aspects. Les bâtisseurs de cathédrale sont un support, pour ne pas dire un prétexte, pour nous présenter un fresque historique de l'Angleterre moyenâgeuse et féodale du XII éme siècle. Celle-ci est rendue avec beaucoup de détails et précisions, qui donnent au récit un grand réalisme et une grande légitimité ; on mesure le travail considérable de recherche et de documentation auquel s'est livré l'auteur avant d'entamer son talentueux exercice romanesque.
L'histoire est centrée autour de la construction de la cathédrale de Kingsbridge, à côté de laquelle vont évoluer un ensemble de personnages hors normes, très attachants pour certains ô combien méprisables pour d'autres : un maître maçon idéaliste dont les raisons d'être sont de nourrir sa famille par ces temps de disette et de bâtir la plus belle des cathédrales ; un tailleur de pierre talentueux et intelligent, amoureux de la belle et inaccessible Aliéna ; un prieur bon, généreux et déterminé aussi bien dans l'exercice de sa foie que dans la gestion de son prieuré ; une belle et jeune noble déchue ayant perdu son père, son domaine, sa fortune et son honneur de femme ; un évêque ambitieux, machiavélique et assoiffé de pouvoir ; un comte orgueilleux, cupide, sanguinaire et pervers ; et les puissants du royaume qui s'entredéchirent pour s'accaparer pouvoir et richesse sans se soucier du peuple qui souffre et qui meure de faim.
Même si la vision du monde peinte par Ken Follett est parfois un peu trop manichéenne à mon goût, on se laisse absorber par l'histoire pour la vivre de l'intérieur et partager l'existence des humbles et des grands. A aucun moment on ne s'ennuie ; les rebondissements incessants tiennent le lecteur en haleine du début à la fin : complots, ruses, intrigues, trahisons et cruautés se succèdent, n'ayant pour opposition que bonté, miséricorde, générosité et crainte de Dieu. Un petit voyage jusqu'en Andalousie Maure, en traversant la France et l'Espagne, nous rappellera d'où venaient et comment circulaient les idées, les sciences et les techniques qui ont influencées les civilisations chrétiennes de l'époque.
Le style de l'auteur, que je découvre avec ce roman, est des plus agréables : à la fois simple sans être simpliste, fluide et profond, communiquant les émotions avec force - la qualité de la traduction n'est certainement pas étrangère à ce rendu stylistique. Même bedonnant de ses 1000 pages, c'est un livre qui reste accessible à tous, et que je conseille au plus grand nombre. L'histoire est structurée en épisodes, étroitement imbriqués, qui permettent au lecteur de relâcher la tension et de souffler un peu entre les événements majeurs. Même si la construction de chaque épisode est rythmé de manière identique, le plaisir de lecture reste intact du début à la fin.
Peut-être ressentirez-vous, vous aussi, ce grand vide lorsque vous tournerez la dernière page de ce magnifique roman.
Amis Lecteurs, régalez-vous de cette merveille !