Il est parfois malaisé de comprendre une oeuvre quand cette dernière a accédé au statut de "tube" de la musique classique. Ainsi les Quatre saisons de Vivaldi ont été enregistrées des centaines de fois, massacrées davantage, et nos oreilles saturées de ces multiples approches, doivent en quelque sorte se refaire une virginité pour redécouvrir comme il convient cette partition d'anthologie.
La version d'Il giardino Armonico avec Enrico Onofri au violon, est sans doute la version qui respecte le mieux l'idée originale, celle qui ne travestit pas la réalité de l'oeuvre par une interprétation saugrenue ou librement adaptée.
Cet enregistrement est celui d'un travail superbe d'harmonie interpréative entre un ensemble virtuose et un soliste qui l'est tellement qu'il donne l'impression d'improviser son jeu à chacune de ses apparitions. Tout ici semble de ne pas être le fruit d'un travail, mais au contraire d'un jeu naturel, imagé, franc, souvent pétillant. Evidemment la prise de son exemplaire contribue à restituer la joie qui émane de ces musiciens en équilibre manifeste entre le brio de leur jeu, et la maîtrise émotionnelle d'une partition qui les pousse à une grande franchise interprétative.
Comparée à d'autres versions célèbres, comme I Musici, Alice Harnoncourt, I solisti veniti, cette version est sans conteste la plus sincèrement lumineuse et la moins "classique". Pour s'en convaincre débutez vore écoute par "l'Hiver". Dès les premières mesures, toute la différence est là : d'un côté un classique académisme teinté de trompeuses chatoyances italiennes, de l'autre, chez Il gardino armonico une authentique ambiance émotionnelle servie par des interprètes affranchis de tout aspect mécanique ou rythmique contraignant pour se concentrer sur la vraie recherche d'un rendu aussi naturel que possible.
En cela cet album est une merveille et une référence incontournable.