Les premières mesures du "printemps" peuvent surprendre. En quoi cet enregistrement se différencie-t-il des dizaines d'autres ? Le trait est guilleret et clair, oui, certes. Et puis on se prend à écouter de la musique de chambre, un octuor, des quatre saisons concertantes et intimes plutôt qu'orchestrales. Janine Jansen est, non pas entourée, mais accompagnée d'un quatuor à cordes (2 violons, 1 alto, 1 violoncelles) et pour le continuo, 1 contrebasse, 1 théorbe et enfin un clavecin alternant avec un orgue positif. Janine et 7 musiciens en tout et pour tout, dont son frère Maarten au violoncelle et son père Jan au clavecin et à l'orgue.
L'entrée du violon est timide et espiègle, un printemps délicat, les premiers rayons de soleil. Les instruments de cet octuor s'enhardissent doucement. Extrêmement modulé, le discours transpose sans équivoque les chants d'oiseaux imaginés par Vivaldi. Le largo évoque un pâtre somnolant, sans aucune sécheresse mélodique. La violoniste hollandaise joue avec gracilité, sans s'imposer. Les notes sautillent gaiement dans cette fin de printemps, celle du temps des fêtes et du soleil. Un seul petit regret, la contrebasse peut se faire un peu lourde face à un ensemble aussi léger, choix interprétatif ou micro un peu trop près...?
On retrouve ce désir de retour à la quintessence poétique de ces tableaux bucoliques dans "l'été". Janine et ses amis proposent un été d'une chaude douceur, des senteurs et des ombrages, un léger zéphyr. Le recours à un orgue positif accentue ce côté lascif, un rien pesant de l'Italie immobilisée dans la torpeur.
Dans son excellent enregistrement, Giuliano Carmignola sera peintre, Janine poétise, distille des sentiments. Les peurs de l'orage ne sont que frissons. Mais l'orage éclate, l'unité entre les musiciens affrontant un violon virtuose redonne l'espace que l'on pourrait perdre avec un effectif aussi modeste. Janine ne sert que la musique de Vivaldi, ses interventions ne sont jamais des cadences hédonistes.
Avec Janine Jansen tout se fait ludique, fantasque, comme dans le début de "l'automne", où le violon caracole. Vivaldi évoque les vendanges et Bacchus. Janine nous surprend justement par son ivresse, ses ruptures de rythme, son staccato endiablé. Comment ne pas être aussi fidèle aux intentions du compositeur exprimées dans ses sonnets ? L'adagio précédant la battue des chasseurs revêt un climat prudent, mystérieux, l'anxiété d'un animal traqué. La chasse, les coups de feu (pizzicati piqués tellement violents que l'on craint pour les cordes !), Janine Jansen participe avec vigueur à l'hallali.
Dans "l'hiver", Janine nous fait trembler dans la froidure à l'aide d'aigus glacés et d'une rythmique sauvage. La violoniste montre ainsi que l'authenticité, le "sur instruments d'époque" n'est pas qu'une recherche de sonorités anciennes et colorées, mais avant tout une fidélité à un univers enchanteur.
Point noir : plus de 20 € pour 39' minutes de musique, Decca exagère et profite du succès critique rencontré par ce disque ! 2-3 concertos pour violons auraient complété parfaitement cette interprétation magique. Acheter en import permet de diminuer par 2 la facture.