Cinq mois à peine après avoir lu le Néron d'Alain Decaux (voir « La Révolution de la croix »), me voici replongé dans l'infernal parcours de ce tyran incomparablement horrible et machiavélique, cette fois sous forme romancée.
Un itinéraire désormais donc familier, mais qui laisse intact le dégoût que l'on peut éprouver à la lecture des « exploits » de ce monstre « sans âme », tour à tour cruel, immoral, incestueux, assassin, violeur, décadent, pédophile, criminel, destructeur, impitoyable, génocidaire, symbole de la déchéance la plus extrême, pitoyable et totalement schizophrène (et j'en oublie sans doute). A se demander s'il n'est pas l'envoyé du diable en personne ou n'a pas signé un pacte avec lui, lui échangeant son âme contre un pouvoir absolu et un accomplissement de tous ses désirs, même les plus pervers.
On a du mal à imaginer que l'empire romain ait pu y survivre.
Vice, débauche et perversion, dégénérescence, dénonciations et assassinats, destruction à grande échelle s'enchaînent au fil des pages de manière toujours croissante, jusqu'à aboutir à une véritable vision apocalyptique.
Une surenchère permanente dans l'horreur, entre lui et sa terrifiante mère Agrippine, couple infernal et rivaux jusque dans la mort. Plus loin encore que les exactions de triste mémoire de Caligula puis Claude, « illustres » prédécesseurs eux aussi amants ou mari d'Agrippine, dont les relations incestueuses étaient à l'image de l'absence de barrières et d'états d'âme qui pouvaient la caractériser.
Une montée infernale vers la déchéance la plus extrême, le tout servi par un style sans concession, doublée d'une vision critique intéressante du rôle de certains personnages, à l'image en particulier du célèbre philosophe stoïcien Sénèque, qui occupe une place importante dans ce roman, l'auteur s'interrogeant en tant qu'intellectuel sur la véritable sagesse du philosophe et son comportement souvent critiquable, même si l'on comprend bien que Sénèque était dans une situation plus que délicate face à Néron, dans son rôle très fragile et temporaire de mentor. Une chose est certaine : on ne peut plus lire ses oeuvres de la même manière après avoir eu connaissance de cette Histoire.
Une vision effrayante du monde romain, après le révoltant « Spartacus », qui contenait déjà son lot d'abominations douloureuses à lire. Mais une description pleine de maturité, sans faux semblants ou vision édulcorée. Sans surenchère non plus.
Un seul regret, qui est de ne pas avoir droit à la fin de règne de Néron, sa fuite et le caractère toujours aussi pitoyable qu'elle représente, si bien décrite dans l'ouvrage d'Alain Decaux. On quitte le tyran au sommet de son délire, sans savoir comment son règne s'achève. Mais peut-être est-ce l'objet du début du tome 3 ?
A lire vite, pour s'extraire au plus vite de cette atmosphère pénible et étouffante, que l'on n'envie pour rien au monde. Je prendrai d'ailleurs une pose pour « souffler » et digérer toute cette violence avant de passer à la lecture du tome 3.