Dans "Les secrets de l'exode", Roger et Messod Sabbah éclairent les origines du judaïsme d'une lumière peu orthodoxe: selon eux, les hébreux se seraient constitués comme tels lorsque la parenthése monothéïste qu'avait initiée le roi Akhénaton s'est refermée avec la mort de ce dernier. Ils seraient les descendants des habitants de la ville d'Akhet-Aton, restés fidèles au dieu unique et qui de ce fait furent contraints à l'exil après la réhabilitation des dieux ancestraux, notamment d'Amon. Ils auraient alors été déplacés vers la terre sainte par un des successeurs d'Akhénaton, le roi Aï. Les auteurs soulignent au passage la proximité entre le nom du roi Aï et l'un des multiples noms de l'éternel (également le plus usité), Adonaï, qui serait selon eux une évolution linguistique d'Aton-Aï. Le livre fourmille de rapprochements linguistiques de ce genre et souligne également la proximité entre certains hiéroglyphes égyptiens et l'alphabet hébreu.
A partir de ces postulats, les auteurs relisent les récits de l'exode et de la bible à l'aune de leur découverte: les patriarches seraient des rois d'égypte, Moïse serait Akhénaton lui-même, Adonaï serait l'idéalisation du roi Aï, etc, etc, jusqu'au fameux arbre de vie de la Génése qui se trouve désormais juste un peu plus à l'ouest d'Eden. Roger et Messod Sabbah complétent le tableau en signalant des similitudes entre des éléments de rituels hébreux et égyptiens : les douze prêtres, les tefilins, l'arche d'alliance, etc. Enfin, ils tentent d'expliquer pour quelle raison la bible ne donne aucun indice direct de cette filiation égyptienne: selon nos auteurs, les premiers livres de la bible connurent leur formulation définitive au moment de l'exil à Babylone, le royaume rival de l'Egypte. Les rédacteurs du livre sacré auraient alors dissimulé la véritable origine des hébreux afin de s'épargner les foudres de leurs nouveaux protecteurs. Cette dernière interprétation, qui repose sur des preuves biens minces, met en évidence la volonté des auteurs de construire un système cohérent, fut-ce en comblant les lacunes et les questions ouvertes par des intuitions plutôt que par de réelles démonstrations.
L'ouvrage des fréres Sabbah a suscité la polémique, la réprobation et plus grave encore, l'indifférence des milieux scientifiques. Sans la lecture croisée et contradictoire des universitaires, il est difficile de se positionner et de prendre parti en faveur ou en défaveur de la thése des auteurs. Intuition géniale ou pure spéculation? On ne le saura sans doute pas de sitôt. Cela n'empéche pas de profiter pleinement de ce livre: d'abord parce qu'il est écrit par deux passionnés et en second lieu parce que les auteurs sont atypiques. On lit cet essai comme un roman ou devrais-he dire comme une éxégése romanesque de la bible. Si on adopte ce point de vue décrispé je crois qu'on peut savourer le plaisir d'un bon moment de lecture.