...dont la n°3 reste la plus populaire et la plus abondamment enregistrée. Mais sa contribution au genre fut plus vaste, et très précoce : outre des pages inachevées ou fragmentaires, on lui en accorde cinq. Les quatre premières écrites avant ses trente-cinq ans. Après un silence d'un quart de siècle viendra celle « avec orgue », chronologiquement la cinquième.
En 1973, une thèse de Daniel Martin Fallon, docteur de l'Université d'Indiana, a analysé cette production.
Plus récemment, Sabrina Teller Ratner l'a exhaustivement recensée (Oxford university Press, New York 2002) et prête désormais son patronyme pour l'indexage des oeuvres du compositeur.
Rédigée à quinze ans, la Symphonie en la majeur (Ratner 159) répond à une structure et un style classiques où s'assimile l'héritage de Haydn, Schubert et Mozart. Rien de très personnel mais un talent de synthèse par celui « qui sait le mieux la musique du monde entier » selon une perméable érudition que raillaient ces mots de Debussy.
L'Allegro initial, le Scherzo pourraient sortir de la plume d'un jeune Beethoven un peu frivole. Dans l'Andantino, on observera en revanche le sensible pathos de la seconde section, en mineur, entre les mesures 47 et 87, (2'14-4'10).
Cet opus ne fut jamais joué avant 1974, quand Jean Martinon le fit transcrire en partition d'après le manuscrit, le révéla au concert et l'enregistra pour Emi (18-23 septembre, salle Wagram).
Lors de la même session fut captée la Symphonie "Urbs Roma", qui venait aussi d'être éditée la même année 1974 car Saint-Saëns la désavoua -quoiqu'elle fut couronnée du premier prix d'un concours organisé par la Société sainte Cécile de Bordeaux où elle avait été jouée en juin 1857.
L'on ne dispose d'aucun programme ou intention descriptive qui expliquerait ce titre pittoresque (« la ville de Rome »), ce qui n'empêche pas d'imaginer quelques correspondances picturales.
On remarquera la noblesse un rien nonchalante du thème de cors qui féconde le Largo introductif, comme une architecture antique qui vous sourit dans un soleil d'aurore.
Scandé à 2/2 (alla breve), le Scherzo en la mineur convoque quelque cortège bachique, avec des trilles qui résonnent comme l'agitation des tambourins autour du dieu de la vigne.
Le Moderato assaï serioso défile comme une lente procession endeuillée. Un souvenir de la Marcia funebre de "L'Eroïca" ? Une lugubre méditation sur la gloire passée de la cité éternelle ? La sombre tonalité de fa mineur s'éclaire d'une brève modulation en majeur, qu'immisce la clarinette à la mesure 59 (3'09-).
En guise d'apothéose ? Saint-Saëns nous étonne par un Finale à variations, qui nous plonge incongrument dans un univers de ballet élégant et serein. On notera le dynamisme de la quatrième variation (mesure 155, 4'44-) qui bondit en rythmes pointés.
Près de trois quarts d'heure : une oeuvre majestueuse mais un peu longuette, qui se soupçonne parfois d'académisme et aurait pu faire l'économie de quelques tournures banales.
Datant de juin-juillet 1853, la n°1 s'inaugura le dimanche 18 décembre face au public parisien, sous couvert d'anonymat : on la présenta comme celle d'un compositeur allemand.
Sa tonalité, sa facture, son caractère héroïco-légendaire peuvent rappeler la "Rhénane" de Schumann. L'instrumentation élargie requiert un piccolo, un cor anglais, une clarinette basse, deux cornets, cymbales et quatre harpes.
Allegro véhément, Allegretto mélodieux et subtil. Puis un Adagio langoureux et passionné (hommage à la Scène d'amour de "Roméo et Juliette" de Berlioz ?) -Martinon en maîtrise ici la frémissante sensualité.
Structuré en marche & fugue, le Finale peut sembler pompeux, trop cuivré. « Bruyant, réactionnaire » selon un critique de l'époque (Paul Scudo dans la Revue des deux mondes) qui salua en tout cas l'inspiration des deux mouvements centraux.
Tout comme Charles Gounod qui félicita chaleureusement le jeune auteur de dix-sept ans.
Fluide, svelte, incisive, concise : la Symphonie n°2 (Ratner 164) courtise l'esprit mendelssohnien. Elle commence en la mineur, pour s'achever en la majeur : inversant donc le schéma tonal de "L'Italienne" avec laquelle elle partage pourtant quelques similitudes de langage et d'entrain. Notamment le sautillant Finale, qui peut rappeler la saltarelle conclusive de sa cousine allemande. Un critique d'alors, Julien Tiersot, estima qu'elle se retourne un peu trop vers le passé et affecte une préférence pour les formes scolaires.
Dédiée à Franz Liszt, commandée par la Société Royale Philharmonique de Londres : la Symphonie n°3 y fut créée le 19 mai 1886 et reçut un fervent accueil. Sauf l'emphatique Finale qui lui vaut pourtant aujourd'hui encore une bonne part de son succès. Saint-Saëns la considérait comme un chef d'oeuvre et abandonna le genre symphonique pendant les trois décennies qu'il lui restait à vivre.
Captée le 09-10 janvier 1975 en l'église Saint-Louis des invalides, cet enregistrement concluait l'exemplaire intégrale gravée par Jean Martinon.
En tant que cycle complet, elle reste un modèle et ne rencontra qu'une seule concurrence : Georges Prêtre avec le Wiener Symphoniker pour les micros d'Erato. Warner ferait bien de rééditer cette alternative !
Le chef « dirige de splendides exécutions du cycle complet, bien préparées et vivantes » selon le Penguin Guide. Il privilégie la légèreté, laisse fleurir l'invention mélodique qui anime les idées les plus quelconques. Il fait sentir les multiples influences germaniques sans alourdir la trame instrumentale, que l'orchestre de l'ORTF aère avec clarté et une recherche de la couleur juste.