Le personnage principal, Stevens, dans ce roman d'une violence psychologique énervante, est un parfait exemple de ce que F. Nietzsche a appelé une personne qui se trompe de conjugaison : il ne vit pas, il `est vécu'.
Le seul but de Stevens dans sa vie est d'être un majordome idéal, un serviteur impeccable, un exécutant impitoyable des désirs et des ordres de son maître. Si ce dernier soutient les fascistes, Stevens le défend et insiste que son maitre n'est pas un antisémite; mais il licencie tout de même tous ses collègues d'origine juive sur l'ordre de son chef.
Stevens subit la `dignité` de son sort comme une fatalité. Il estime qu'il n'est pas capable de comprendre les grandes affaires de ce monde. C'est pourquoi il met sans broncher son destin et ses responsabilités dans les mains de son patron.
Stevens est un primaire avec une intelligence limitée, qui fonctionne comme un pilote automatique. Il est incapable de mener une vie sentimentale normale et individuelle. N'étant pas un intriguant dangereux ni un calculateur hypocrite, il constitue une arme redoutable dans les mains de maîtres sans scrupules, qui peuvent l'utiliser comme un missile meurtrier dans leurs projets de domination.
Kazuo Ishiguro a brossé un portrait impitoyable d'un être humain complètement manipulable, qui ne pose pas de questions et qui `marche' sur n'importe quel ordre de ses supérieurs. La lecture de ce chef-d'aeuvre acerbe et implacable est hautement recommandée.