Ce très beau film est très fort en émotions qui se succèdent et passent sans cesse d'un opposé à l'autre sans pour autant créer de tensions insupportables. On découvre tout simplement le fil d'une vie douloureuse et belle à a fois, où la misère creusera le vase d'où jailliront des fleurs de délicatesse et de dévouement sans partage pour celui qui la subit tout au long du film. L'ouverture du coeur et de l'esprit sera aussi la source cicatrisante mais aussi parfois éprouvante de ce jeune Olivier suite au décès de sa mère. Cette ouverture de coeur, il la puisera tout d'abord dans le coeur de sa mère qu'il voudra et saura défendre et préserver avec son tempérament vif, franc, mais encore innocent et limpide. On sent dans ce jeune homme encore immature que la vie d'adulte est déjà bien présente du fait de la mort de son père à la guerre. Mais en même temps, ce tempérament que la vie a fait parvenir à la vie adulte en l'arrachant prématurément à une enfance insouciante, est empreinte de naïveté sur les sentiments d'une femme adulte. Cela sera très bien rendu dans la première partie du film. Après la mort de sa mère, Olivier découvrira cependant davantage les femmes grâce à l'une d'elle plus particulièrement, à laquelle il s'attachera. C'était d'ailleurs l'amie de sa mère. On verra alors dans la deuxième partie du film l'épanouissement du jeune homme qui nous arrachera des sentiments profonds et purs, car on comprendra bien, même inconsciemment, que celui-ci devra apprendre à avoir des sentiments adultes envers les femmes très vite après le décès de sa mère, tel un oiseau tombé trop tôt du nid mais qui sait pourtant déjà maladroitement voler de ses ailes.
Le conflit entre liberté et licence va rapidement poindre son nez également. Dans le troisième Dvd enfin, Olivier sera enfin aidé d'une aide qui ne le quittera plus, par son cousin, puis plus tard par son "pépé". Son cousin le poussera de l'avant afin de s'affranchir de l'étroitesse d'esprit de sa mère "nouvelle riche" qui héberge désormais Olivier, et lui donnera le vrai sens de la vie. Un jour, ou plutôt une nuit, il va lui permettre de savoir "si tu seras un mouton de panurge toute ta vie ou si c'est toi qui la mènera selon tes volontés". Olivier découvrira par cet exploit d'une nuit de fugue du pensionnat le rapport entre liberté et licence et cela lui évitera de tomber dans le piège de la déliquescence, voire de la délinquance à cause d'un carcan éducatif insupportable qu'il lui faut aussi apprendre à surpasser. Olivier poussera aussi son cousin dans de bonnes directions. Ces deux blessés de la vie se compléteront parfaitement et deviendront comme deux frères qui se conduiront aux portes de la renaissance... mais pour un destin bien différent. La mort est partout présente et devient finalement un garde-fou contre la délinquance ou autres dérives, car elle est vécu par le cousin et Olivier comme un dynamisme pour vivre et croquer la vie à pleines dents dans un instant présent continue, et pour être sensible à la détresse des autres.
La longueur du film n'est pas synonyme de lenteurs non plus, il est passionnant du début à la fin, et même à la fin on regrette de ne pas avoir la suite. C'est à mon sens le propre d'un très bon film, bien monté, qui laisse la vie des acteurs continuer dans l'imaginaire du téléspectateur. Mais c'est un film qui réveille aussi beaucoup de souvenirs par projection de sa propre enfance si on a perdu un ou des parents dans ce jeune âge et que, de surcroît, on a connu des difficultés plus difficiles à surmonter du fait d'une plus grande sensibilité après le deuil.
On voit aussi dans ce film les dégâts causés par les "secrets de famille". Oh, rassurez-vous, il ne s'agit pas encore d'une histoire à dormir debout, mais bien d'un secret subtil et d'autant plus insidieux d'ailleurs qui hantera inconsciemment l'esprit d'Olivier et orientera pour une bonne part ses réactions. Il sera -à cause de ce secret- sur le fil du rasoir entre acceptation de l'exclusion du "beau monde" (scène où il mange dans la cuisine pour ne pas déranger les "nouveaux-riches adultes" et accepte cet état de fait) et persévérance qui s'exprime et se développe grâce à la sève de la jeunesse et l'empreinte maternelle demeurée intacte jusqu'à la fin du film, mais... Ah, je ne peux pas vous le dire, il faut que vous le voyez !...
Aussi, peu à peu, on découvre que le "secret" provoquait en fait des dégâts chez tous les acteurs de la famille en définitive, et que tous jouent de faux-rôles ou les endossent soit par faiblesse, soit sans s'en rendre compte, exceptés "le pépé". Grâce à la persévérance d'Olivier et à la complicité de son cousin, on verra peu à peu la lumière d'une véritable relation affective s'établir dans cette famille, et les êtres endosser leur véritable identité à échelle humaine et affective en quittant l'anti-identité robotique et artificielle plus ou moins marquée selon les personnages... Dans ce film, la mort deviendra subitement comme une sorte de propulseur qui forcera la vie à accomplir son destin en l'affranchissant définitivement des contre-sens. Cela est parfaitement et subtilement rendu. La fin du film arrache des larmes, non qu'il se termine complètement mal mais sur une touche d'amour touchant et désarmant. Il se termine sur une forte pulsion de vie, mais en même temps sur la réalité à la fois belle et cruelle de la vie, et en cela la fin est immensément profonde. C'est au téléspectateur de deviner la solution de l'énigme pour gagner au jeu des allumettes suédoises. C'est celui qui tire la dernière allumette qui perd. Qui la tirera à la fin du film ? Prenez-garde que ce ne soit pas vous, ce serait dommage d'arrêter là ce film.
Par contre, détail technique, pas de sous-titrages pour malentendants, ce qui est dommage pour les personnes âgées qui auront beaucoup de difficultés à entendre la totalité des dialogues. L'enregistrement en effet n'est pas numérique, ce film étant relativement ancien, et il faut une oreille "jeune" pour capter les dialogues facilement.