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Les ambassadeurs [Poche]

Henry James


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Description de l'ouvrage

1 octobre 1998 Domaine étranger (Livre 2817)
Nouvelle traduction de l'anglais et présentation par Jean Pavans

Notes préparatoires au roman. Préface à l'édition de 1909. Chronologie. Bibliographie

«Bref, toute l'affaire se résume à la déclaration irrépressible de Lambert Strether au petit Bilham, un dimanche après-midi, dans le jardin de Gloriani [...] : «Vivez autant que vous le pouvez ; c'est une erreur de ne pas le faire. Peu importe vraiment ce que vous faites en particulier, du moment que vous avez votre vie. Si on n'a pas eu cela, qu'a-t-on eu ? Je suis vieux... trop vieux en tout cas pour ce que je vois. Ce qu'on perd, on le perd ; ne vous trompez pas là-dessus. Cependant, on a l'illusion de la liberté ; par conséquent, ne soyez pas, comme moi, dénué du souvenir de cette illusion. J'étais, au moment venu, soit trop stupide soit trop intelligent pour l'avoir, et maintenant je suis un cas de réaction contre cette erreur. Faites ce que vous voulez, tant que vous ne faites pas mon erreur. Car c'était une erreur. Vivez, vivez !»

Henry James, Préface à l'édition de 1909.

Le livre

Le romancier américain lui-même considérait ce grand roman, paru en 1903, donc appartenant à sa dernière période, comme son chef-d'oeuvre. Il l'écrit en 1909 dans la préface qu'il rédige pour l'édition dite de New York de ses oeuvres, et qui ne figurait pas dans la précédente édition française : «Par bonheur, je me trouve en mesure de considérer cet ouvrage comme franchement le meilleur, "dans l'ensemble", de tous ceux que j'ai produits.»
Et de fait, c'est un de ses romans les plus brillants, les plus séduisants aussi. L'intrigue en est simple, même si l'analyse de ce qui va se jouer entre les divers personnages est, comme toujours chez James, extrêmement subtile. Elle est déjà présente dans les passionnantes «Notes préparatoires», plus de 100 pages inédites en français que nous donnons en annexe à cette nouvelle traduction : «En tout cas, cela me donne la petite idée d'un personnage d'homme âgé qui n'a pas "vécu", pas du tout, dans le sens des sensations, des passions, des élans, des plaisirs - et qui, en présence de quelque grand spectacle humain, quelque grande organisation pour l'Immédiat, l'Agréable, la curiosité, l'expérience, la perception, en un mot, la Jouissance, s'en rend, sur la fin ou vers la fin, tristement compte.» Ce personnage, ce sera Lambert Strether, un Américain envoyé comme «ambassadeur» à Paris pour y récupérer Chad, le fils d'une riche amie, dont on craint qu'il soit en perdition morale. S'il parvient à ramener le jeune homme en Amérique pour qu'il se voue à l'entreprise qui lui est destinée, sa récompense sera d'épouser ladite amie qui, déjà, finance la revue littéraire qui est la seule identité de cet homme incapable d'action. Mais l'on comprend très vite, dès les premières pages du livre, que Strether va faire des rencontres susceptibles de modifier le sens de sa mission. Et qu'il ne sera lui-même pas insensible aux séductions du «grand spectacle humain» qu'est Paris - «le Paris des boulevards, contemplés du second étage des balcons haussmanniens et des toiles impressionnistes» (Mona Ozouf) - merveilleusement évoqué ici par James.

La traduction

Le roman avait été traduit par Georges Belmont pour les éditions Robert Laffont en 1947, une traduction qui est aujourd'hui quasi introuvable. Tout à fait scrupuleuse, cherchant à expliciter la totalité du sens, elle était moins «jamesienne» que la magistrale traduction de Jean Pavans qui, après quelques trente années de confrontation avec l'auteur des Ambassadeurs, en fait percevoir le très subtil humour, présent de la première à la dernière page du livre et qui parvient surtout à donner le sentiment que l'on lit, avec toutes ses ambiguïtés qui ne sont jamais gommées, le texte même de James, comme s'il l'avait lui-même écrit en français.
Contrairement à la traduction de Belmont, fondée sur l'édition américaine sans doute fautive, la version de Jean Pavans rétablit l'ordre chronologique des derniers chapitres de l'édition anglaise.
--Ce texte fait référence à l'édition Broché .

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Extrait

Le roman de Paris

Le roman est de tous les tableaux le plus complet et le plus élastique. Il s'étendra partout, il comprendra absolument tout. Il peut simplement tout faire, et c'est sa force et sa vie. Tout ce dont il a besoin, c'est un sujet et un peintre. Mais pour sujet, magnifiquement, il a toute la conscience humaine.

L'Avenir du roman, 1899.

L article théorique dont nous citons ici un passage en exergue1 a été écrit par Henry James un an avant qu'il ne l'illustre en se mettant à la rédaction de ses trois grands romans récapitulatifs, Les Ambassadeurs, LesAUes de la colombe, La Coupe d'or, qui annoncent à leur manière magistrale et exemplaire les méthodes romanesques, essentiellement indirectes et subjectives, qui caractériseront tant d'oeuvres de ses successeurs du XXe siècle, fortuits ou délibérés, avoués ou non, et pas uniquement en langue anglaise.
Récapitulatifs, Les Ambassadeurs le sont essentiellement de sa vision de la France, et d'un certain point de vue ils consistent en une réécriture et un correctif de son grand roman parisien de 1877, L'Américain, rédigé sur place, lors de son séjour de 1875 et 1876 à Paris. Dans L'Américain, un riche et vertueux homme d'affaires, Christopher Newman, «homme nouveau», est confronté au cynisme et à la dureté d'une famille aristocratique française quasi criminelle, dont, par vraie noblesse de caractère, il ne dénonce pas les méfaits. Dans Les Ambassadeurs, Lewis Lambert Strether, Américain de cinquante-cinq ans, intellectuel délicat et littéraire (il est directeur d'une Revue d'idées), qui dans sa vie n'a pas fait grand-chose d'autre qu'observer et «sentir», est envoyé en «ambassade» par sa ville affairiste et puritaine de Woollett, Massachusetts, pour arracher un jeune natif de là-bas, Chad Newsome, lui aussi «homme nouveau» destiné aux affaires, à l'influence supposée délétère et corruptrice de Paris, et de sa maîtresse aristocratique, plus âgée que lui, et femme mariée, madame de Vionnet. Sur place, il est de plus en plus puissamment pris par le charme de la ville, et de cette femme subtile qui en quelque sorte l'incarne ; et, loin de ramener Chad au pays, il lui intime l'ordre de rester, ce qui est à moitié le désir du garçon, et complètement celui de Marie de Vionnet. Car, à Paris, Strether a eu une double révélation : les moeurs parisiennes que Woollett considère, de loin, comme scandaleuses et corrompues, ont, vues de près, toute la douceur et l'humanité d'une profonde civilisation ; et, en revanche, ce sont les moeurs de Woollett qui paraissent alors cyniques, brutales et avides d'argent. Lui-même y retournera, car c'est «trop tard» pour qu'il mène une autre vie, qu'il n'a pas connue et dont il a soudain une cruelle nostalgie. Mais, cette autre vie, il tient cependant à la connaître en quelque sorte par délégation, ou par procuration, en poussant Chad à continuer de la mener, tout en sachant que cela ne pourra être que pour un certain temps. --Ce texte fait référence à l'édition Broché .

Revue de presse

Aussi est-on à peine étonné de découvrir aujourd'hui, comme une authentique révélation, ce roman que James considérait comme son chef-d'oeuvre, Les Ambassadeurs. Un livre dont la traduction française jusqu'alors disponible - signée Georges Belmont, elle datait de 1950 - ne permettait pas de saisir toute la richesse et la complexité. Jean Pavans, l'actuel et inégalable traducteur de James, s'en est emparé, et l'on comprend aujourd'hui pourquoi l'écrivain voyait, dans ce roman tardif qu'il écrivit au tournant des XIXe et XXe siècles, l'apogée du vaste ensemble romanesque qu'il avait commencé à cons­tituer trente ans plus tôt. (Nathalie Crom - Télérama du 27 octobre 2010 )

Derrière ce héros incertain on découvre vite la véritable héroïne : la ville, intensément littéraire, féminine, et assez sorcière pour «retourner» l'agent de la vertueuse Nouvelle-Angleterre ; il va, cet innocent ambassadeur, pactiser peu à peu avec les moeurs parisiennes, changer de camp, trahir la cause, tout perdre enfin. De cette merveilleuse histoire, où James voyait le sommet de son oeuvre, voici, due à Jean Pavans, auquel tous les jamésiens doivent une prière du matin, une nouvelle traduction. Après celle de Georges Belmont, c'était un pari aventureux. Mais tenu... (Mona Ozouf - Le Nouvel Observateur du 28 octobre 2010 )

Les Ambassadeurs est un chef-d'oeuvre que l'auteur ne sait vendre qu'avec ses arguments à soi, c'est-à-dire pratiques et théoriques à la fois (comment lui est venue l'idée du livre et comment il la réalisa). La leçon que le lecteur doit en tirer est «que le Roman demeure encore, mené par une juste conviction, la plus indépendante, la plus élastique, la plus prodigieuse des formes littéraires». (Mathieu Lindon - Libération du 9 décembre 2010 )

La très belle traduction de Jean Pavans permet enfin de saisir la subtilité de cet ouvrage que James considérait comme la meilleure de ses fictions, publiée en 1903 en même temps que Les Ailes de la colombe, ces deux textes formant avec La Coupe d'or la trilogie des romans dits «récapitulatifs». Il a alors 60 ans et déjà écrit une grande partie de ses romans et nouvelles. L'ambassadeur, c'est Lewis Lambert Strether, un Américain d'une cinquantaine d'années, rêveur et plutôt mélancolique, directeur d'une revue, envoyé en mission à Paris par sa ville puritaine et affairiste du Massachusetts. Il doit arracher un jeune compatriote, Chad Newsome, au charme d'une femme mariée, plus âgée que lui, Mme de Vionnet, et tenue par la société américaine pour une créature dépravée. (Francine de Martinoir - La Croix du 22 décembre 2010 )

Six cents belles pages de roman. Et qui tiendraient - c'est souvent le cas chez James - sur une seule phrase : un Américain se rend à Paris pour convaincre son futur beau-fils de rentrer au bercail. Ces quelques mots peuvent sembler anodins mais, comme en musique, l'essentiel c'est ce qui en jaillit, le développement des harmoniques littéraires. Le voyage se transforme alors en une véritable aventure du moi, à travers des phrases qui ont elles-mêmes le goût et la forme des aventures complexes. "La simplification, dit le narrateur, serait une concession à la couardise."...
Roman à mouvement d'abord lent, Les Ambassadeurs offre ce que son auteur admirait dans Madame Bovary, un récit pris entre deux rythmes, entre une composition qui voudrait préserver les êtres et les choses comme en un tableau, et le drame qui se meut vers son paroxysme. (Hédi Kaddour - Le Monde du 20 janvier 2011 ) --Ce texte fait référence à l'édition Broché .

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