"Les Amoureux sont seuls au monde", Henri Decoin, 1948, Noir et blanc, bonne copie.
Sylvia : "Je t'aime."
Gérard : "Excellente idée."
Sylvia ; "C'est une idée fixe."
"Trois Henri", à savoir Henri Decoin (réalisation), Henri Jeanson (scénario et dialogues) et Henri Sauguet (Musique), se sont mis au service d'une histoire d'amour, toute petite à première vue, le trio classique : un musicien célèbre (Louis Jouvet), son épouse aimée et aimante (Renée Devillers) et une jeune pianiste (Dany Robin), élève du maître et devenue amoureuse de lui. Ils en tirent une fable à la morale amère, malgré la légèreté et l'ironie de ton, à savoir que précisément "les amoureux ne sont jamais seuls au monde".
Si Louis Jouvet est égal à lui-même, c'est-à-dire incomparable, tour à tour brillant, ému, timide, toujours sous la même apparence froide et compassé, c'est Renée Devillers dans le rôle de l'épouse prête à tous les sacrifices secrets, cachant son amertume sous l'humour et l'élégance, consciente, croit-elle, d'"avoir fait son temps", qui est une révélation.
Tous les deux sont entourés de personnages supérieurement croqués en quelques traits : le frère bourgeois-rebelle, le père entremetteur, le journaliste à scandales, le critique musical (épinglé, celui-là), mais aussi l'ami fidèle qui a cette très belle phrase, parlant du couple Jouvet-Devillers : "J'ai un ami, c'est vous deux, et je ne me vois pas disant : j'ai perdu Sylvia dans un accident d'amitié."
Avec la musique d'Henri Sauguet (à laquelle la bande-son ne rend pas toujours justice, hélas), et sa jolie valse-titre; avec l'image, signée Armand Thirard, d'un velouté admirable, un film, daté sûrement, mais qui reste très émouvant .