Pour ma part, je le tiens pour le vrai précurseur de notre modernité poétique(aux cotés de Rimbaud). L'effet ressenti à la lecture de ce merveilleux recueil relève, pour une grande part, de l'inexplicable. Désemparé... Quel mot serait mieux traduire le choc subi?
Car qui pourrait imaginer que ce meme livre réussit à concilier les accents de Villon(retrouvés, et avec quel bonheur!)et les plus belles promesses de surréalisme(litanies du sommeil en est l'exemple le plus fracassant). Et avec celà, ce coté outre-tout qu'on ne retrouve chez nul de ses contemporains. Son seul livre peut paraitre un peu bric à brac, mais pourtant quelle merveilleuse caverne d'Ali Baba ces Amours Jaunes. Le poète y exprime tout d'abord ses tourments amoureux, nous révélant que son"coeur fait de l'esprit, le sot, pour se leurrer", mais surtout en faisant preuve de la plus féroce honneteté. Or, c'est cette meme sincérité qui est en mesure, je crois, d'en déconcerter plus d'un, ou plutot, d'en effrayer beaucoup. Sa consolation, il la trouve dans le reve, cette"soupape à secret", dans sa chère Bretagne, qui lui inspire une des plus belles fresques d'humanité qu'on ait jamais lues: "la rapsode foraine et le pardon de sainte-anne". Puis cette mer qu'il aime tant, et où il renouvelle, dans son style truculent, l'exploit d'écrire un second morceau("le bossu bitor") tout aussi empreint de compassion, envers les autres et non plus envers lui. Enfin, s'entendent, à peine audibles, ces "rondels pour après", qui semblent ignorer l'apesanteur...