Le livre largement autobiographique est, selon les propres dires de l'auteure, le fruit de nombreuses années d'écriture impliquant des milliers de notes biographiques qu'elle a consignées dans une sorte de journal dans l'attente de trouver LA forme idéale qui serait «un récit glissant, dans un imparfait continu, absolu, dévorant le présent au fur et à mesure. Une coulée suspendue, cependant, à intervalles réguliers par des photos et des séquences de films qui saisiront les formes corporelles et les positions sociales successives de son être constituant des arrêts sur mémoire »
À mon sens, son choix de aucun «je» dans ce qu'elle voit comme une sorte d'autobiographie impersonnelle, mais «on» et «nous» comme si, à son tour, elle faisait le récit des jours d'avant conduit à une vraie réussite tout à son honneur rendant l'ensemble beaucoup moins nombriliste et pour le moins plus original que bien d'autres ouvrages du même genre.
Bien qu'une vingtaine d'années nous séparent, l'auteure et moi, il est assez surprenant de me retrouver avec autant de précision et de similitudes dans sa mémoire personnelle et ses ressentis du monde qui l'entoure, qui nous entoure.
J'ai donc parcouru ces soixante dernières années en accord parfait avec l'auteure, suivant l'évolution sociale marquée de petits et grands événements (pas toujours des plus réjouissants) en harmonie avec ses diverses interprétations. Loin d'être un ouvrage nostalgique d'un «bon vieux temps» à jamais révolu, force est de reconnaître néanmoins que les vingt dernières années laissent plutôt place à un sentiment dénué d'orientations, de convictions et ainsi d'espoir
J'ai aussi noté une phrase représentative de cette dernière décennie et qui me met largement mal à l'aise tant elle se vérifie inexorablement au quotidien : «Il y avait de nouveau une envie de servitude et d'obéissance à un chef.» Évidemment cette constatation met bien à mal les convictions de l'auteure, militante de la liberté individuelle qu'elle revendiquait avec bien d'autres en 68.