Dommage que la couverture ne fasse par trop avis de décès, le dessin un peu figé de Solé (20ème anniversaire du journal Pilote en 1979) sur fond noir n'est pas très représentatif de "l'ambiance" du Pilote des grandes années.
Ce beau livre de 300 pages retrace les 30 ans d'existence du journal Pilote. Chaque année est détaillée, avec ses spécificités, ses nouveautés ou au contraire les abandons de séries ou de rubriques. En préambule on a droit à une bio assez complète de Goscinny, Charlier et Uderzo, les "piliers" du journal, au moins à ses débuts.
Tout au long de l'ouvrage, Patrick Gaumer nous propose une bio succincte et une interview de chaque dessinateur, scénariste, mais aussi rédacteur en chef et même maquettiste ou secrétaire ayant compté dans l'histoire de Pilote (on aurait aimé au moins une photo par personne) .Le livre datant de 1998, de nombreux témoins étaient encore en vie (Giraud par exemple). Cette vision "de l'intérieur" du journal est très intéressante et souvent surprenante.
C'est évidemment un beau voyage nostalgique où l'on s'étonne de redécouvrir des séries oubliées (Tony Laflamme, Submerman, Rémi Herphelin,etc...) et aussi d'autres qui avaient un peu échappé aux plus jeunes lecteurs (dont je faisais partie) à l'époque: Lone Sloane, Le Concombre Masqué, Sergent La Terreur, Le Génie des Alpages...
Bien que l'iconographie soit très riche, que le livre soit très foisonnant, hyper-détaillé et très complet, il faudrait au moins deux cents pages de plus pour ne pas ressentir ce sentiment de frustration quand on le referme(le prix ne serait évidemment pas le même). Rien qu'avec les Grandes Gueules, sublimes caricatures de Mulatier, morchoisne ou Ricor, il y aurait de quoi occuper au moins cinquante pages.
On aurait envie de retrouver des planches entières (et non une seule vignette) plus représentatives de l'esprit de Pilote de l'époque (Le Grand Duduche, Cellulite, Valérian) ou des inédits en album d'Astérix, de Lucky Luke, ou d'Achille Talon.
Finalement ce beau livre est un formidable tremplin pour faire un bond dans notre jeunesse et redécouvrir des oeuvres souvent trop en avance ou trop ardues pour les jeunes lecteurs. A réserver néanmoins à des personnes possédant un minimum de culture bédéphile et ayant connu au moins une époque de ce formidable journal.