Dans cet intéressant essai, Antoine Compagnon a choisi, et c'est son droit, puisqu'il le dit honnêtement, d'être un homme de parti pris.Ceux qui y chercheront une analyse nouvelle sur l'essence de la modernité et l'avenir des traditions humaines seront décus, car l'auteur à choisis de traiter dans une perspective surtout littéraire certains penseurs qui, conscients d'une décadence esthétique et morale, ont écrit sous l'effet de ce sentiment comme d'autres écrivent sous l'effet de la drogue ou de l'alcool, y trouvant une inspiration féconde et talentueuse.
Les auteurs dont il fait le florilège ont assorti leur critique pessimiste sur la modernité de la conviction qu'elle est inéductable.
Avec la plus grande partie de la littérature française, il est permis d'être dégoûté par la société de masse, si l'on déclare qu'il est vain de s'opposer.Sous cette condition, l'antimoderne devient un moderne particulier, "à l'arrère-garde de l'avant-garde", sans danger.Sinon, si l'on clame que tout n'est pas perdu, ou même que l'on envisage de mobiliser la volonté pour retrouver l'ordre englouti, on est plus un "réactionnaire de charme" mais un fasciste...
L'antimoderne ainsi défini par Antoine Compagnon a droit de cité, il peut être mystique comme Maistre, flamboyant comme Chateaubriand, sulfureux comme Baudelaire ou Lautréamont, déchu comme Verlaine ou Huysmans, inquiet comme Roland Barthes, à la condition absolue d'être résigné.PM