Après la CIA, c'est au tour de l'ASIS de solliciter les services du jeune espion. Anthony Horowitz n'en finit pas de trouver des pirouettes pour justifier chacune de ses nouvelles missions, mais ses prétextes, malgré leur côté classique, sonnent plutôt justes.
Ce tome, dont les tenants et les aboutissants de l'intrigue demeurent longtemps obscurs, est globalement construit comme les autres : diverses aventures plus ou moins épiques en parsèment la continuité et transforment l'histoire en un véritable graphique où la tension ne cesse de monter, puis de redescendre afin de laisser au lecteur un minimum de répit pour souffler, avant d'enchaîner avec un nouveau suspens. On peut reprocher une certaine lenteur au démarrage, surtout parce que l'auteur prend le temps de présenter les futurs employeurs et les futurs adversaires de son héros, ce qui prend un certain nombre de pages ; on est donc longtemps privé de la présence d'Alex, même après avoir ouvert le livre !
Les épreuves traversées par Alex paraissent toujours aussi invraisemblables et ses exploits aussi hors du commun, mais on s'accorde le droit d'y croire, surtout que l'auteur a fait un véritable effort pour rendre son sujet le plus réel possible. La Thaïlande qu'il nous dépeint, en particulier, mérite une mention pour sa justesse, la richesse et l'exactitude des descriptions ; il en va de même, d'ailleurs, pour les conditions de transport des réfugiés clandestins.
Quant à son style, il demeure fidèle à lui-même : simple, composé de phrases courtes, à la fois rapides et incisives, dépourvues du moindre mot superflu. Il s'attache à chaque protagoniste en lui accordant une place, aussi bien physique que psychique, sans non plus se perdre dans des méandres sentimentaux. Les descriptions, bien que reposant toujours sur les auxiliaires, sont de mieux en mieux faites, même si on peut relever que tous les méchants présentés par Anthony Horowitz sont des particularités visuelles (cicatrices, défaut de pigmentation, absences d'oreilles ou je ne sais quoi...). C'est amusant mais un peu caricatural, et on finit par se demander pourquoi Alex ne finit pas par reconnaître ses ennemis à leur tête de clown !
Evidemment, on trouvera toujours, en chipotant, quelques passages discutables. On peut par exemple se demander comment Alex parvient à démonter en deux temps trois mouvements une montre ayant survécu à maintes turpitudes, surtout d'aussi mouillées. Cependant, pour une fois toutes les mésaventures et tous les méandres scénaristiques trouvent une explication lors d'une révélation finale fracassante, et sur ce point on a droit à un véritable progrès. En même temps, l'effet pervers en est que rien ne se passe sans une bonne raison, et le lecteur devine aisément que les impulsions subites d'Alex auront toutes une répercussion par la suite.
Pour ne rien changer, ce sont toujours les mêmes ficelles qui reviennent en fin de compte. Même si deux enquêtes s'entremêlent cette fois-ci (celle de l'ASIS et celle du MI6), Alex finit forcément par se retrouver le dernier espoir de sauver le monde d'une nouvelle idée machiavélique, ceci après avoir échappé à une mort chaque fois plus atroce (on croit qu'Anthony Horowitz a touché le fond dans ce tome, mais il possède probablement une pelle !).
Rien de très nouveau donc, dans l'ensemble ; Alex Rider reste une série plutôt banale et simple, mais d'une redoutable efficacité, qui ne cesse croître de volume en volume...