Ce charmant opuscule a peu de chances de se vendre beaucoup.. Voilà qui me suffit
pour tenter d'attirer l'attention sur lui et de dire le plaisir de lecture qu'il m'a procuré..
Comme son titre ne le dit pas, il s'agit pour Julia Przybos, d'étudier dans la littérature
du XIXème siècle, la réapparition du corps (et singulièrement du corps masculin) dont les
manifestations sensibles avaient été occultées pour cause de pudeur. Ce corps qui refait surface
est lu par nos Balzac, Maupassant, Fenimore Cooper, Flaubert, Huysmans à la lumière des théories médicales
du moment: le Vitalisme de Bichat, la cocasse Phrénologie de Lavater - qui décrypte la psychologie
grâce aux bosses craniennes -, la physiognomie, la métoscopie...
Ainsi, les "mollets charnus, saillants" du Père Goriot autorisent Madame Vauquer à lui imaginer de jeunes
et belles maitresses. Ainsi encore, les "mollets de procureur égrillard" de Du Bousquier sèment le trouble
chez sa future femme (Balzac, "La vieille fille").
Dans la "Rabouilleuse" ou dans les "Splendeurs et misères des courtisanes", la lutte de la bouche et du sexe,
ce dernier étant promis à ceux qui sauront ne pas abuser de la table, font tout l'enjeu du roman.
La confusion persiste par exemple dans le poème d'Eugène Adenis:
" Ma Reine, ma Déesse enfin,
Ma véritable fiancée:
La chaste bouteille au col fin
A la taille svelte élancée..."
Brillat-Savarin, Grimod de la Reynière et autres Antoine Carême, grands prêtres de la table
à l'époque, loin d'être des paillards, sont des moralistes !
Une très belle expérience littéraire !