Très librement inspiré de deux des neuf albums de bandes dessinées de l'immense Jacques Tardi, datant le premier de 1976 ('Adèle et la bête') et le deuxième de 1978 ('Momies en folie'), illustrant les aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, une jeune romancière-aventurière de la Belle Epoque, ce long-métrage de Luc Besson n'est ni vraiment enthousiasmant, ni vraiment décevant : de superbes décors (les vues du Paris d'antan sont véritablement splendides), de beaux costumes (l'effrontée Louise Bourgoin est magnifiquement habillée dans le film) et des effets spéciaux de qualité (le ptérodactyle est très réussi ; les momies un peu moins, à l'exception de celle de Ramsès) en font un spectacle visuellement extrêmement réussi.
Le scénario lui est nettement moins convaincant : Adèle ayant plongé sa s½ur dans une sorte de coma pendant un match de tennis, elle se rend en Egypte pour y récupérer la momie du médecin de Ramsès afin qu'ensuite à Paris, le professeur Espérandieu, qui est capable de redonner vie aux morts, la ressuscite et que la momie en question puisse ensuite sauver la s½ur d'Adèle (tout un programme !) ; seulement voilà, comme le professeur Espérandieu vient de faire sortir de son ½uf préhistorique un ptérodactyle, qui depuis écume le ciel de Paris et sème la panique dans notre belle capitale, il est par trop occupé à insuffler en permanence au 'bestiau' l'énergie dont celui-ci a besoin pour arriver à exister pour pouvoir aider Adèle ; il finira toutefois par accéder à la demande de celle-ci après qu'elle l'ait sauvé de la guillotine ; ressuscitée au prix de sa propre vie ainsi que de celle du ptérodactyle par Espérandieu, la momie s'avérera néanmoins ne pas être la bonne ; mais comme au même moment se tient à Paris une grande exposition consacrée aux momies de Ramsès et que celles-ci ont été ranimées par le même flux d'énergie 'ressuscitante', Adèle réussira quand même à obtenir de la momie du fameux médecin de Ramsès qu'il ramène à la vie sa s½ur, tout se terminant dans le meilleur des mondes.
Personne n'ayant jamais trop compris grand'chose aux aventures dessinées d'Adèle Blanc-Sec, qui sont avant tout un hommage parodique aux romans-feuilletons d'antan (les 'Rouletabille' et autres 'Chéri-Bibi' de Gaston Leroux, les 'Harry Dickson' de Jean Ray et autres 'Fantomas' de Souvestre et Allain), on ne peut que regretter cette mise en linéarité de l'univers tordu et bigarré d'Adèle Blanc-Sec (Luc Besson a eu probablement peur que les cerveaux de nos jeunes enfants, voire les nôtres ne puissent appréhender une histoire avant tout allusive).
Restent les comédiens : Louise Bourgoin, plus proche d'une Indiana Jones en jupons que du modèle original, mais bien, notamment dans ses multiples déguisements (ça a du lui rappeler l'époque du Grand journal de Canal+ qui l'a vue débuter), Mathieu Amalric, absolument méconnaissable et ô combien réjouissant dans le rôle trop épisodique du méchant de l'histoire et Jacky Nercessian, tout aussi parfait et grimé lui aussi de façon absolument étonnante en Espérandieu ; Gilles Lelllouche et Jean-Paul Rouve surjouent malheureusement complètement leurs personnages ; Frédérique Bel fait une apparition ; et pour une fois Philippe Nahon a droit à autre chose que le rôle du salaud de service.
Le divertissement est d'une certaine qualité, mais sans qu'il réussisse vraiment à nous intéresser et encore moins à nous captiver ; en fait personne ne trouve véritablement son compte dans cette grosse production avant tout clinquante (sauf les Chinois qui ont, parait-il, fait un triomphe au film, où comme quoi) : ni Tardi, trahi ; ni les enfants, dubitatifs ; ni les parents, déçus ; mais du moment que l'encore très gamin Luc Besson a pu se faire plaisir, tout va bien ! A vous de voir donc !