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Les boxeurs finissent mal... en général Broché – 25 octobre 2007


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Extrait

ROUND I
LA MORT À PLEIN NEZ

Harry connaît la musique. Il y a tellement longtemps qu'il enchaîne ces gestes. D'abord, vérifier que son grand sac au cuir fatigué est vide. Le retourner pour le débarrasser de la moindre poussière qui aurait pu s'y glisser. Le secouer avant de le remplir avec une précision maniaque. Au fond, bien à plat, poser une serviette immaculée empruntée à l'hôtel. Cette fois, c'est celle du Carlyle, son préféré à New York. Caler la trousse de toilette avec les précieux tubes d'embrocation. Disposer, les unes à côté des autres, les bandes pour ses mains meurtries par tant de combats, sans oublier le ruban adhésif. Deux paires de chaussettes qu'il glisse dans chacune de ses chaussures montantes dont il a minutieusement retiré les interminables lacets. Une boîte de résine antidérapante qu'il appliquera lui-même sur chacune de ses semelles avant le combat. Enfin son short noir qu'il roule dans son immense peignoir sur lequel il pose, semblables à deux énormes boules de bowling, ses gants fétiches. Il place une photo dans une poche intérieure. C'est un portrait jauni de sa mère à l'âge de vingt ans, alors qu'elle débarquait aux États-Unis depuis l'Allemagne. Avant de refermer son sac, Harry rajoute sa vieille bible qui ne l'a jamais quitté depuis qu'il est monté pour la première fois sur un ring. Il range le sac à l'abri dans un placard. Il y restera jusqu'au jour du combat.
C'est une manie, quand Harry quitte sa chambre d'hôtel, il s'attarde devant un miroir. Ce visage n'est plus le sien. Il ne l'aime pas. Il ne l'aime plus. Pourtant, le cheveu est impeccablement gominé, avec une raie comme tirée au cordeau. Ses arcades sourcilières sont à peine marquées, ses pommettes n'ont jamais été coupées. Bien sûr, il y a cet oeil droit qui lui joue des tours. Chaque matin, quand la lumière crue du jour l'agresse, Harry maudit cet enfoiré de Kid Norfolk, un sale petit nègre sacrement rapide et vicieux qui, cinq ans plus tôt, lui a enfoncé son pouce ganté dans l'oeil lors d'un combat pourri. Sous le coup de la surprise, il se souvient de s'être retrouvé sur son cul au troisième round et d'avoir couru après le score jusqu'au gong final. Le pire, c'est qu'il avait lui-même tellement amoché le Kid à un oeil qu'il n'avait été déclaré vainqueur que le lendemain du combat. Ah ça oui, il le maudit ce fils de pute. Depuis, Harry ne veut plus dormir dans l'obscurité totale pour éviter les contrastes trop forts au réveil. Il s'étonne de la facilité avec laquelle il s'est habitué à ne voir que de l'oeil gauche. Quelque temps après cet «accident», il a légèrement changé sa garde sur le ring pour s'affranchir de cette gêne. Depuis, pas un seul de ses adversaires, aucun de ses proches, et encore moins son manager n'en ont jamais rien su. Lui-même a l'impression de se voir avec ses deux yeux.
Non, c'est surtout ce nez, énorme, qui le tracasse. Il ne le supporte pas. C'est à croire qu'il appartient à un autre. Il ne lui sert plus à grand-chose d'ailleurs. Tout juste à respirer, et encore. Il y a belle lurette qu'il ne sent plus rien par là. Martyrisé et fracturé à plusieurs reprises sur les rings, il ne le fait pas vraiment souffrir, mais il est devenu comme un intrus. Il s'est juré de s'offrir un nez en parfait état de fonctionnement dès qu'il aura mis un terme à sa carrière. Un joli petit nez de jeune homme. Pas cabossé. Pas comme cette espèce de patate plantée au milieu de son visage.
Harry aime marcher. Marcher dans les villes. Marcher dans New York. Mais il enrage de ne plus pouvoir profiter des odeurs de la rue. Il n'y a guère que les forts effluves des chevaux de Central Park qui traversent encore le filtre bouché de son mufle.

Présentation de l'éditeur

Le noble art n'est guère charitable avec ses champions. Un jour, ils quittent le carré de lumière du ring, clarté d'une gloire éphémère, pour aller se fracasser sur le sombre destin qui les attend à la sortie des cordes. «Qui a tué Davey Moore ?», s'interrogeait Bob Dylan. Et Sonny Liston, et Benny «Kid» Paret ? La mafia, l'alcool, les femmes fatales ? Éternelles escortes de ces héros, même lorsqu'ils ont raccroché les gants. Comme si leur vie devait se résumer à un combat.
Les boxeurs finissent mal... en général raconte une réalité qui dépasse la fiction. De Marcel Cerdan à Mike Tyson, d'Anthony Fletcher à Carlos Monzón, autant de rounds d'un combat fait d'assassinats, d'overdoses et d'échecs, mais aussi de triomphes, de légendes et d'amour.


Né en 1958, Lionel Froissart est journaliste sportif à Libération depuis plus de 20 ans. Passionné par le sport automobile et la boxe, il est l'auteur notamment de Ayrton Senna, Croisements d'une vie qui s'est vendu à plus de 16 000 exemplaires en 2004.



Détails sur le produit

  • Broché: 304 pages
  • Editeur : Editions Héloïse d'Ormesson (25 octobre 2007)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2350870677
  • ISBN-13: 978-2350870670
  • Dimensions du produit: 20,5 x 2 x 14 cm
  • Moyenne des commentaires client : 4.0 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (1 commentaire client)
  • Classement des meilleures ventes d'Amazon: 216.414 en Livres (Voir les 100 premiers en Livres)
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Par Madamedub.com TOP 1000 COMMENTATEURS le 8 juin 2013
Format: Broché
Lionel Froissat, journaliste sportif passionné, nous narre en « 12 rounds » 12 portraits de boxeurs. Le titre ne vous aura pas induit en erreur, Les boxeurs finissent mal en général retrace le parcours de 12 personnages dont le parcours aura marqué la boxe, et dont la fin aura défrayé les chroniques…
En va-t-il comme des histoires « d’A » pour reprendre la chanson ? Les boxeurs finissent-ils mal en général ? Pour beaucoup, la violence de ce sport ne peut qu’entraîner la déchéance de celui qui s’y adonne avec trop d’enthousiasme ; tôt ou tard, il rencontre plus fort que lui. Mais ne nous y trompons pas, la boxe n’est même pas dans le top 5 des sports les plus dangereux, et arrive bien après l’alpinisme, l’équitation ou les courses automobiles…Peu de boxeurs sont réellement morts sur le ring. Quelques cas célèbres, contredisent cet énoncé ; celui des combats de Benny Kid Parret contre Emile Griffith, et Deuk-Koo Kim contre Ray Mancini, dans les années 80. Ces combats avaient tellement choqués l’opinion publique que la boxe ne fut plus retransmise en direct sur les chaînes gratuites aux Etats-Unis pendant près de 10 ans. Deuk-Koo Kim et Benny Kid Parret ont ceci de touchant, c’est d’avoir incarné un peu le rêve américain du sportif qui avait tout misé sur la boxe pour s’en sortir. Pour le jeune coréen, c’était même son premier combat face à un détenteur du titre.
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