Avec « Les brumes du passé », Leonardo PADURA signe le retour de son personnage fétiche, Mario CONDE, découvert dans le cycle des quatre saisons (« Electre à la Havane », « L'automne à Cuba »...).
Avec ce personnage atypique et attachant (qui entre-temps a quitté la police et est devenu un négociant de livres rares), l'auteur nous emmène de nouveau dans la moiteur et la touffeur d'un Cuba miséreux et lessivé par les ravages du passé.
Suite à la découverte d'une bibliothèque regorgeant de trésors de la littérature cubaine, Le Conde se lance en parallèle à la recherche de la vérité sur la disparition tragique d'une chanteuse de boléro, survenue dans les années 50.
PADURA construit son récit en deux parties, en écho au deux faces du disque 78 tours de la chanteuse disparue (Face A : Quitte-moi / Face B : Tu te souviendras de moi), et calque son rythme sur une mélodie lente et lancinante.
La première partie qui pose les bases de l'intrigue et de la quête du Conde, se déroule donc sur un rythme relativement lent (entre pause poétique et digression). Cette lenteur du propos est en parfaite adéquation avec l'atmosphère et l'ambiance voulues par PADURA, mais peut dérouter ou décourager le lecteur avide de rebondissements et de scènes haletantes.
Durant la seconde partie, le rythme s'accélère légèrement (tout en restant pianissimo) jusqu'au dénouement de l'intrigue, dans une conclusion aux saveurs douces amères.
Avec une écriture fluide et enivrante, PADURA maîtrise parfaitement la progression de son récit. Malgré un manque d'enjeu et de suspense, il parvient à maintenir l'intérêt du lecteur.
En effet, au-delà de l'enquête policière qui n'est qu'un prétexte, l'auteur se concentre sur ses personnages pittoresques et attachants (Le Conde et ses acolytes) ainsi que sur le constat d'une société cubaine laissée à l'abandon et à la misère.
Sans rentrer dans le pamphlet politique et contestataire, PADURA dresse donc le portrait, avec finesse et mélancolie, d'un pays portant encore les stigmates de la colonisation, de l'impérialisme, de la Révolution et du régime castriste.
Le constat est amer, mais au combien édifiant.
Ensuite, au-delà des résurgences de l'Histoire cubaine, PADURA profite également de son récit pour partager sa passion de la littérature et faire découvrir à son lecteur les trésors littéraires cubains. Loin d'être un simple catalogue de référence, ce parti pris s'avère être une mise en abîme originale, apportant une saveur supplémentaire au roman.
En résumé : « Les brumes du passé » est un récit qui s'apparente peut-être davantage au roman noir qu'au polar.
Mais au-delà des classifications souvent réductrices, c'est avant tout un récit lyrique et truculent, brassant une multitude de thèmes (la perte des illusions, l'amitié et les trahisons, la culture, la mémoire et les générations...).
Il s'adresse donc à tous les amateurs de littérature...
A déguster au son d'un boléro, un verre de Cuba Libre à la main (avec modération...)
Signé Cédric « DvdMan »