Le titre en anglais ("state of union") joue sur un double sens entre l'état de l'amérique (tel qu'elle est décrite par exemple dans le discours sur "l'état de l'Union" fait régulièrement par le président) et l'état de l'union des couples décrits, en particulier celui de Hanna et Dan. Et dans les deux cas, ce n'est pas brillant. Le titre français fait plutôt penser à un quelconque marivaudage alors que ce roman développe à mon avis une perspective plus vaste.
J'ai été particulièrement sensible à cette histoire étant de la même classe d'âge que le narrateur! L'histoire débute dans les années 1970 (celles de ma jeunesse aussi) avec toute les idéologies gauchisantes auquelles on croyait alors, la consommation effrénnée de tabac et autres excitants: Hanna (fille d'un prof "libéral")rencontre Dan, jeune étudiant en médecine plutôt classique. Ils se marrient rapidement et la routine s'installe quand survient l'"accident de parcours", la rencontre avec un activiste notoire du Weathermen Underground, qui va entrainer H dans toutes sortes d'aventures, mais dont elle sortira indemme (croit-elle).
Puis dans la deuxième partie du livre, on fait un grand bond de trente ans, on se retrouve en 2003, le couple Hanna et Dan est installé dans l'opulence puis le passé ressurgit brisant le couple qui n'était en fait pas si solide que çà. En 2003 les idélogies dominantes ne sont plus les mêmes, on ne fume plus ou alors en cachette, les chrétiens intégristes sont une force importante en Amérique.
L'auteur a l'art de raconter à la fois la "petite" histoire de ce couple et aussi l'histoire plus globale du pays, des idées dominantes. Dans une perspective philosophique il souligne finalement la brièveté, la futilité pourrait on dire de notre passage sur terre. Le ton est lucide, mais pas amer. Le style est rapide et le suspens s'accélère vers la fin comme dans tous les best-sellers.
En France on se dit qu'on est un peu loin de certaines folies américaines (en 2003, Kennedy décrit l'acharnement des médias, la "bien-penseance" à tous les niveaux);peut-être que chez nous les choses se passeraient plus calmement, en tous cas plus hypocritement sans doute.
Un grand livre, facile à lire, qui amène à la réflexion sur sa propre vie.
15/20