Après quelques semaines de repos, le jeune cartographe Roland de Cremer rejoint le Centre de cartographie où il apprend à sa grande surprise qu'il a été nommé à la tête du service. Les machines ont entretemps gagné du terrain et envahi les bureaux, les parchemins représentant les anciennes cartes ont été éliminés. Pourquoi cette précipitation de la part de l'administration et dans quel but ? Le maréchal à la tête du pays semble vouloir reprendre les choses en main, mais cela déplaît à Roland, qui lui a autre chose en tête, à commencer par la belle Shkodrã, dont il est tombé amoureux... disons plutôt que le jeune homme est fasciné par la tâche mystérieuse dans le creux de son dos, tâche qui lui rappelle la carte du monde avec ses anciennes frontières... dès lors, il va tout faire pour la protéger, pressentant que la vie de son amie est menacée.
Voilà un « pitch » pour le moins difficile à raconter, car en effet les histoires de Schuiten et Peeters sont toujours très singulières, mais ici encore plus que d'habitude. Pas évident en effet de traiter de la problématique de la géographie au service de la guerre par le biais d'une bédé du genre fantastique. C'est vrai que l'histoire a un peu décollé par rapport au tome 1, mais le scénario reste un peu figé par rapport à d'autres productions des deux auteurs comme L'Enfant penchée, La Fièvre d'Urbicande ou La Tour, lesquelles savaient capter l'intérêt du lecteur.
Le dessin est bien sûr agréable à regarder dans sa finesse et sa poésie (j'ai bien aimé le parallèle entre le corps féminin et le paysage) et colle bien à l'univers particulier et intemporel de la série, les paysages sont somptueux, mais malgré quelques images fortes (le mur-frontière coupant un village) et une volonté de dénoncer l'absurdité des guerres (on devine bien l'allusion au conflit yougoslave des années 90), l'histoire manque un brin de rythme. On retiendra surtout un message profondément humaniste et pacifiste, se concluant par une planche splendide, délicate, surprenante...