"Les couleurs de nos souvenirs" aurait été mieux intitulé "Les couleurs de mes souvenirs", même si certaines des nombreuses anecdotes liées aux couleurs devraient rappeler quelques souvenirs au lecteur, Parisien de préférence, né au plus tard vers la fin des années 1940, comme l'auteur. Certes, le ton est agréable, et le lecteur apprendra au passage deux ou trois choses sur les couleurs et leur histoire, mais sans jamais rien approfondir.
Que celui qui, voyant le bandeau rouge annonçant "Prix Médicis Essai 2010", pense avoir là de quoi abreuver sa soif de connaissances, passe sa route.
L'idée de prendre comme fil rouge des souvenirs "colorés" liés à son propre parcours de vie aurait pu être bonne, mais l'ouvrage est hélas un peu encombré de précisions autobiographiques sans apport réel ni même grand intérêt à force d'être trop détaillés, trop personnels. Il en devient difficile de déterminer si le but est de "se" raconter ou d'esquisser (très, très superficiellement) quelques hypothèses sur la mémoire des couleurs et le rôle des couleurs dans les souvenirs, voire de donner au passage un petit aperçu de l'histoire "sociale" d'une couleur ou du nom de celle-ci.
Michel Pastoureau a écrit plusieurs ouvrages sur l'histoire des couleurs, et semble ne pas douter de sa qualité de spécialiste. Il ne manque pas de citer ses livres et travaux précédents, voire de préciser que l'un ou l'autre a été traduit dans une quinzaine de langues, même quand ces mentions sont tout à fait inutiles à la compréhension de ses propos (ex: p.147 "Mon intérêt pour les animaux est ancien, bien plus ancien que la thèse que je leur ai consacrée lorsque j'étais élève à l'Ecole des chartes (+ titre de la thèse). Il vient de la petite enfance"). Ces références, sans rien apporter au livre, participent aussi à la sensation d'encombrement et de fourre-tout.
Il reste quand même quand on referme cet ouvrage une agréable impression générale d'avoir été témoin de la longue affection de l'auteur pour les couleurs, d'avoir goûté à son enthousiasme et à sa curiosité encore vive pour celles-ci.
(Commentaire basé sur l'édition du Seuil 2010)