Après une préface de l'auteur, on entre dans le vif du sujet par: l'Indochine. Car c'est par la guerre d'Indochine que tout a commencé. Trois anecdotes.
1°Un véritable crâne humain sert de presse-papier dont le propriétaire explique comment il l'a confectionné...
2°On présente la gégène pour les interrogatoires à un journaliste choqué...
3°Huit jours plus tard, la conversation avec un sous-officier qui raconte comment il a torturé une femme pendant trois jours et qui s'est enfuit dans l'état ou il l'a laissée...
Arrive la guerre d'Algérie et ses atrocités. De multiples témoignages dont la plupart proviennent de livres consacrés à ce sujet, qui ont été censurés à leur parution. Et pour conclure, les culpabilités avec les responsabilités (souvent politiques).
A la lecture de ce livre, j'en ai déduit que la torture dans l'armée que Pierre Vidal-Naquet critique est malheureusement une violence que l'avenir ne nous épargnera peut-être pas, hélas.
J'ai été choqué par l'histoire de cet enfant qui va avouer "qu'il est allé prévenir quatre types armés de fusil de chasse, qui attendaient les soldats..." Comment allait-on faire à cette époque? Le problème n'est-pas juste la torture mais la guerre. Et pas n'importe quelle guerre. Une guerre sans front visible. Electrocuter un enfant toute une nuit en temps de paix est inadmissible. Par contre, en temps de guerre un enfant qui peut être responsable de la mort d'un soldat, risque d'être traité en adulte. Cette histoire relance le débat des enfants dans des guerres d'adultes qui est toujours d'actualité.
J'ai été satisfait que l'auteur mentionne les tortures et actes de barbaries pendant la guerre d'Indochine. Elle est presque passée à la trappe car est était plus "artisanale" et sporadique. Pendant la guerre d'Algérie par contre, on torturait plusieurs dizaines voir des centaines de personnes pendant plusieurs jours et plusieurs semaines. Certains attendaient plusieurs jours ou plusieurs semaines avant d'être torturé. Et c'est cette torture "industrielle" à la chaine pendant cette "sale guerre" qui a choqué l'opinion publique de l'époque.
Je souhaite que les actes décrit par ce livre soient définitivement proscrit par notre armée en sachant le scandale que cela provoquerait car, il faut que ça fasse scandale. Je pense que l'armée de l'époque regrette peut-être qu'on ait pu leur laisser accomplir ces violences gratuites avec une hiérarchie complice. Dans un jugement, ce n'est-pas l'acte qu'il faut juger mais le sens de l'acte. Violer une femme, s'amuser à torturer, à assassiner des prisonniers... Pourquoi faire ça et à quoi ça sert? Cette stratégie de cruauté n'avait aucun sens.
En terme clair, si on veut une justice internationale pour juger les crimes de guerre de l'armée française, le procès de l'armée française va se transformer en procès de la guerre d'Algérie ou en procès du colonialisme. Tout le monde va passer en jugement parce que les fellaghas, les militaires français, les harkis, les pieds-noirs, presque tout le monde a été mêlé, de près ou de loin à la torture où s'est fait torturé. Je pense surtout au peuple de souche algérienne en priorité et pas seulement (voir l'affaire Maurice Audin). Le FLN avait voulu imposer une stratégie de terreur pour les populations civiles et une stratégie de violence pour les militaires français qui sont tombé dans le panneau
A cette époque, tout le monde a essayé de sauver sa propre vie, a essayé de défendre ses valeur mais avec de très mauvais procédés.
André
P.S. C'est grâce à ce livre que j'ai voulu lire "les égorgeurs" de Benoist Rey ainsi que "la ferme Améziane" de Jean-Luc Einaudi qui m'ont confirmé les atrocités de cette guerre décrite par Vidal-Naquet.