Dans le domaine de la prospective, on parle de « signaux faibles » lorsque certains événements ou faits, apparemment de peu d'importance, sont susceptibles en réalité d'être porteurs de conséquences majeures.
Le voile ne serait-il pas ainsi un signal faible ? En soi, que peut-on lui trouver de gênant ? Esthétiquement ne serait-il pas même moins choquant que bien d'autres accoutrements ? N'irait-il pas jusqu'à mettre en valeur « l'ovale ravissant » (Jack Lang) de celles qui le portent ? Justement la question n'est pas d'ordre esthétique ; elle est symbolique. Elle est bien plus aussi qu'un choix individuel ; elle est une marque culturelle. L'intention des auteurs du livre « Les dessous du voile » est de mettre en lumière ce que signifie véritablement le port du voile, de plus en plus fréquent sous nos latitudes, et ce que l'on peut attendre de ce phénomène. Les auteurs se livrent, en quelque sorte, à une salutaire entreprise de « dévoilement »...
Dans cet ouvrage, qui réunit prés d'une vingtaine de contributeurs, issus principalement du journal électronique « Riposte Laïque », les exemples se succèdent de la présence, provocatrice ou envahissante, du voile en France (mais aussi, dans un chapitre assez hallucinant, en Grande-Bretagne), et ce depuis la fin des années 80 : à l'école, dans les villes (exemple de Marseille), dans le domaine du sport, dans un gîte (menant alors au procès de Fanny Truchelut)... Le livre analyse cette émergence, la rattache à d'autres phénomènes plus ou moins nouveaux (créneaux spécifiques pour les femmes musulmanes dans les piscines, suppression du porc dans les cantines scolaires, demandes de soins médicaux prodigués par des femmes lorsqu'il s'agit de femmes malades, etc.), montre les résistances (tout particulièrement la Loi du 15 mars 2004 qui interdit le port de signes religieux ostensibles dans les écoles, collèges et lycées publics), mais aussi les renoncements, parfois pudiquement appelés « accommodements raisonnables ». Il y a - disais-je - du « signal faible » derrière le voile. Lorsqu'il finit par s'imposer, il se fait plus long, masque davantage, fait place au hijab, voire la burqa. Les choses ne se stabilisent pas avec le voile ; il est plutôt le point de départ symbolique d'une offensive qui risque de mettre à mal certains des principes de notre république, en particulier la laïcité, le refus du communautarisme, et bien sûr l'égalité homme-femme.
L'ouvrage n'est certes pas sans défauts. Avec autant de contributions, les répétitions ne sont pas rares. Par ailleurs, la fougue aidant, l'analyse devient parfois pamphlet excessif. On a du mal aussi à comprendre pourquoi des laïcs - alliés naturels - tels que Henri Penã Ruiz ou Caroline Fourest, sont aussi malmenés.
Mais de tels inconvénients pèsent peu, en définitive, face à l'intérêt premier d'un livre, extrêmement bien documenté, refusant les postures du « politiquement correct », et mettant le doigt sur ce qui pourrait constituer, dans un avenir plus ou moins proche, un problème majeur pour notre société.