C'est toujours avec le même plaisir qu'on retrouve Raoul Signoret et son oncle Eugène Baruteau, sans oublier la fidèle Cécile dont le métier d'infirmière est bien utile pour jouer les espionnes.
Que faut-il mettre en exergue ? Son sens de l'intrigue ? Son humour ? Ses dialogues savoureux ? Sa profonde connaissance du passé de Marseille qu'il fait revivre avec talent ? Le parfait équilibre entre les différents ingrédients qui font un bon roman ? Tout est à saluer.
D'entrée, le ton est donné : "La seule âme qui vive à cette heure matinale dans l'anse de Maldormé était donc celle de Victor Rabinel, car le chat noir qui le suivait à distance n'en possédait pas, à en croire René Descartes qui écrivait parfois n'importe quoi." Des phrases comme ça, moi, ça me met en joie, pas vous ?
Une enquête riche en rebondissements, de l'action, du suspens, mais nos héros ne sont que des hommes, pas tout à fait comme les autres, certes, mais comme tout un chacun, ils aiment la bonne chère et Jean Contrucci sait nous faire venir l'eau à la bouche. La page 264 est un véritable hymne à la soupe au pistou ! "Comme pour illustrer par un point d'orgue ces échanges culinaires, Colette - suivie par son époux qui amenait le vin rosé comme on porte un ciboire - posa sur la table une imposante soupière pleine d'un potage épais servi à peine tiède (...) d'où s'exhalait la puissante senteur du basilic longuement pilé (...) Sans attendre Colette plongea sa louche dans le mortier de légumes mêlant les couleurs et les parfums dans un camaïeu visuel et olfactif qui fit saliver les convives. Elle procéda à la répartition dans les assiettes avec des gestes d'officiant au moment de la communion. On s'attendait à l'entendre dire avec chaque louchée : "Prenez et mangez, car ceci est ma recette..."
Une enquête embrouillée à souhait, disais-je, mais comme dans les bons films, cela ne serait pas suffisant sans les seconds rôles. On découvre ici Placide Boucard un ancien journaliste sportif et bon vivant, qui habite Malmousque et qui ponctue ses phrases avec des extraits de Faust, un opéra qu'il connaît par coeur, ou Riri-le-fada, un simple d'esprit attendrissant qui était amoureux de la belle Mariette, et puis on a plaisir à retrouver l'ineffable Escarguel, toujours aussi allumé.
Ce nouveau Mystère de Marseille est une nouvelle réussite. Un livre qu'on savoure, qu'on déguste, qu'on fait durer le plus longtemps possible, qu'on voudrait ne voir jamais finir. Et on a envie de demander à l'auteur : "Mais comment faites-vous pour vous renouveler à chaque roman ?"