Les enchaînés:
Le 24 avril 1946, Huberman, un espion nazi, est condamné par un tribunal américain. Sa fille, Alicia (Ingrid Bergman), qui n'a jamais été nazie, mène une vie dissolue. Un agent du gouvernement, Devlin (Cary Grant), lui propose une mission, qu'elle accepte : Alicia est chargée de prendre contact avec un ancien ami de son père, Sebastian (Claude Rains), sont la vaste demeure sert de repaire aux Nazis réfugiés au Brésil...
Ici, sir Alfred Hitchcock réussi de facto à transformer une banale histoire d'espionnage, saupoudrée d'un zest de romance, pour en faire un métrage captivant, personnel et original. Le cinéaste d'origine anglaise signe une oeuvre épurée, passionnante tant au niveau de l'approfondissement des personnages qu'au niveau de la densité narrative et du suspense sous-tendu par la tension dramatique où s'entrecroise le destin des différents protagonistes.
Hitchcock donne donc libre cours à sa virtuosité à la fois sur la construction du suspense et bien sûr via une technique sans faille à la fois simple (plans fixes) et à la fois sophistiquée alternant plans longs et de plans-séquences se développant au plus près des acteurs. Le travelling partant du haut de l'escalier et aboutissant sur la clé qu'Alicia (Ingrid Bergman) serre dans sa main est resté gravé dans les esprits, ainsi que le couple Cary Grant/Ingrid Bergman.
Les scènes s'écoulent les unes après les autres avec une fluidité sans égal et la tension dramatique reste au diapason de l'ensemble.
La maison du Dr Edwardes:
Constance Peterson (Ingrid Bergman) est médecin dans un asile d'aliénés. Le directeur de l'asile, le docteur Murchison (Leo G. Caroll) étant mis à la retraite, on attend l'arrivée de son successeur, le docteur Edwardes (Gregory Peck). Constance tombe amoureuse de celui que tous prennent pour le docteur Edwardes avant de comprendre qu'il s'agit d'un usurpateur souffrant d'amnésie. Quand il prend conscience de cette amnésie, le faux docteur croit avoir tué le docteur Edwardes et s'enfuit de la clinique...
Sir Alfred Hitchcock sacrifia à la psychanalyse qui était alors à la mode comme son coreligionnaire Fritz Lang à travers "le Secret derrière la Porte". De nombreux puristes mépriseront le traitement de la psychanalyse par Hollywood en général et par Hitchcock en particulier.
Les scènes de rêve/hallucination ont été dessinées par Salvador Dali, lequel avait imaginé beaucoup d'autres choses qui ne purent être tournées.
Le suspense reste présent de la première à la dernière minute. Le scénario de Ben Hecht fait preuve à la fois simplicité et d'originalité.
Au final, sir Alfred brosse un film romanesque aux relents psychanalytiques offrant un message optimiste où l'amour dompte la mort et la folie.
Miklos Rozsa remporta pour le film l'Oscar de la meilleure musique.