Edouard Furfooz, 46 ans, est un homme qui se passionne pour de petits jouets minuscules et autres miniatures bizarres si possibles anciennes, précieuses et exécutées dans des matériaux nobles. Il a monté tout un réseau de boutiques en Europe qui lui assurent de très confortables revenus. Il passe son temps à voyager entre Anvers, Paris, Rome, New-York et Londres, vivant dans des hôtels ou chez des amis comme un nomade permanent. Sa vie amoureuse et sentimentale est tout aussi fluctuante. Il vient de quitter une italienne pour tomber amoureux d'une parisienne fortunée avant de séduire la meilleure amie de celle-ci... Edouard vit dans le silence, il déteste le bruit que fait la musique et a perpétuellement une impression de froid qui l'oblige à porter des lainages même en été. Quel traumatisme vécu dans l'enfance l'a rendu aussi étrange ?
Un roman proustien, magnifiquement écrit dans un style impeccable. Quignard a une façon très particulière de traiter ce personnage assez improbable, cet Edouard qui, n'en doutons pas doit être un avatar de lui-même (il est passé par l'autisme dans sa propre enfance). Les autres intervenants au demeurant fort nombreux, surtout les femmes, ne sont que des ectoplasmes ou des faire-valoir d'Edouard, Edward, Ward, Varte (selon les prononciations flamandes et autres de son nom). Le texte se perd dans la description de petits faits de la vie de tous les jours qui frustrent assez vicieusement le lecteur qui s'attend à trouver l'extraordinaire ou le merveilleux de tout roman digne de ce nom. Quignard est un écrivain assez peu facile d'accès et même exigeant. Il ose dire lui-même qu'il « sodomise son lecteur » (!!!) Sans aller aussi loin, on avancera que s'il ne raconte en apparence pas grand chose il arrive quand même à en suggérer énormément... Un bon roman (à la française) sans plus, un peu inférieur à « Tous les matins du monde ».