Les Filles du Botaniste est un film réalisé par un Chinois qui a dû s'exiler pour mettre en forme son art... Esthétiquement, le film porte bien la marque du cinéma chinois, sur le fond, il a l'audace interdite dans le régime actuel du pays, même si de plus en plus de cinéastes essaient de transgresser règles et tabous...
Les filles du botanistes est un film plutôt confidentiel, qui se classerait davantage dans la série "art et essai" plutôt que dans le cinéma grand public, bien que les médias lui aient accordé un certain écho. Peut-être cette publicité est-elle due à la polémique autour des interdictions qu'a reçues son réalisateur, Diai Sijie pour tourner dans son pays, la Chine, une histoire d'amour qui n'a pas lieu d'être...
Sur la forme, les filles du Botaniste est impeccable. On y voit la finesse des associations entre les plans et les images, les cadrages subtils, la recherche artistique et incisive dans le choix des images. Techniquement et sur le plan de la réalisation, beaucoup de spectateurs et de critiques semblent avoir été déçus. Pour ma part, je trouve Diai Sijie fidèle à lui-même avec ce cinéma sensuel, fragile, intimiste, surprenant et très dérangeant. Sijie est habitué à défier la Chine qui juge son oeuvre trop subversive. Avec cette histoire d'amour entre deux jeunes filles dont l'amitié deviendra très vite une initiation aux amours interdites, Sijie confirme son positionnement idéologique par rapport à une société chinoise sclérosée et perclue de tabous, même à la fin du siècle dernier et toujours aujourd'hui. Ce n'est pas tant le film qu'il faut apprécier que son courage et la profondeur de son engagement pour tenter de changer les esprits.
Les acteurs servent au mieux la partition d'un artiste exigeant. Leurs regards, leurs silences, leurs corps parlent sans qu'il soit besoin de voix pour comprendre leurs sentiments le splus intimes. Li Xiaoran est déjà une vraie star de télévision, adulée par la jeunesse chinoise qui la copie volontiers dans ses choix de coiffure, de vêtements... Elle s'est déjà fait un sacrée réputation dans des séries légères ; elle tranche donc ici avec ses choix habituels et se frotte elle aussi aux risques de voir sa carrière en péril à cause de ce rôle. La Française Mylène Jampanoï n'a pas pu tirer de son expérience de Sous le soleil, la même aura, bien qu'elle soit magnifique et touchante, je trouve... Enfin, difficile d'imaginer un drame chinois sans un acteur venu du théâtre Dongfu Lin qui apporte à son personnage de père, accusé au nom de sa fille et de son élève, en premier temps, une densité évidente avec une composition pourtant assez éloignée de ce que serait l'acteur dans sa vie réelle.
J'aime beaucoup ce cinéma un peu particulier, et je vous encourage à découvrir Sijie dès son premier film, le mangeur de lune, puis Tang le 11ème et Balzac et la petite tailleuse chinoise!