« Patate de forain, tête de roumain, zgeg de poulain, tu peux pas faire plus masculin » ! En effet. Champion annoncé de la punch line en français dans le texte (mais il pratique aussi le manouche, le lingala, le Yougo et autres dialectes en vigueur au-delà du périphérique), Seth Gueko est la nouvelle révolution annoncée du rap français.
Avec une réputation forgée à coups de tournevis dans le petit monde du rap d’ici, Gueko envoie cette première missive avant l’album. Autant dire un street CD, descendant putatif de la
mix-tape qui fit les belles heures du hip hop. Mais les street CD ne sont-ils pas, avec leur production près de l’os, leur urgence et leur sens de la débrouille, une réalité plus… Réelle, et convaincante, que les albums officiels ? D’autant que ce
Fils de Jack Mess (concomitant avec l’actualité cinématographique) est distribué et promu par la major qui sortira dans le courant de l’année 2009 le premier album « confortable » du rappeur de Saint Ouen L’Aumône.
Voici donc 20 morceaux en forme de claque dans la tronche, certains étiquetés « ghetto classiques », puisque ayant déjà vu le jour sur des maxis, d’autres inédits, qui tous définissent un territoire original. On a déjà trop vu de versions édulcorées des studios gangsters hexagonaux, le regard scotché sur Houston, New York ou L.A. Alors qu’on a ici une vraie tradition de verve de fortifs, de pègres aux ambiances abondamment exploitées par le ciné français classique. Car à part Jean Gabin, à la rigueur Lino Ventura, qui pourrait mettre aux pas la logorrhée de Seth Ghetto ?
Sur des instrus qui ont le bon goût de ne pas se faire remarquer, le futur du rap balance d’un flow rugueux ses histoires louches, avec le renfort ici ou là de complices bien connus des services concernés, Lino, Salif, Médine, Rim-K, Seyfu, Stomy Bugsy, Sinik, Alibi Montana et quelques jeunes porte-flingues. Comme chantait Magali Noël dans le
« Fais-moi mal, Johnny », signé Boris Vian, « : j’vais t’en r’filer d’la série noire ». Comme précisait Lino Ventura dans
Les Tontons flingueurs : « C’est plutôt une boisson d’homme ». La géographie est balisée ? Alors il est temps de plonger dans cette frénésie lyricale, ce rap de gitan qui fait les poches à la langue et en prime lui colle une paluche au derrière.
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