Naguib Mahfouz nous donne là comme toujours une superbe description de la vie dans les quartiers populaires du Caire : l'ambiance des cafés, les discussions enfiévrées autour des pipes à haschich, les récits des conteurs au son du rebab... La peinture prend, on s'y voit vraiment.
Les personnages sont des héros terriblement humains ce qui les rend très attachants. On vit, on espère et on souffre avec eux, à chaque fois.
Mais ce qui fait le charme de ce livre, comparativement à d'autres livres de Mahfouz, c'est son côté intemporel et mythique. Ce livre est comme un conte.
D'ailleurs ses détracteurs ne s'y sont pas trompés. En effet, ce livre a été interdit par la censure en Egypte au moment de sa parution, essentiellement car les héros représentés peuvent, du fait de leur particularité, être chacun aisément associé à l'un des prophètes des trois grandes religions : Moïse, Jésus et Mohammed. Bien qu'il n'y ait d'autre irrespect que de transposer dans un cadre profondément humain/païen chacun des ses prophètes, le livre a soulevé une levée de boucliers dans les milieux religieux. Aujourd'hui encore, bien que Moubarak ait levé la censure sur ce livre, Naguib Mahfouz lui-même avait jugé qu'il ne fallait pas le publier en Egypte.