Il y a deux types de "Lapinot" : ceux qui racontent une même histoire avec les mêmes personnages ("slaloms", "pichenettes", "amour et intérim", "pour de vrai", "la couleur de l'enfer" et "la vie comme elle vient") et ceux qui se situent à une autre époque, qui sont totalement indépendants de tout le reste et qui imitent/parodient un genre ("Blacktown", "Walter", "vacances de printemps", "l'accélérateur atomique" plus des œuvres plus anciennes, "Mildiou", etc.) Même les premiers peuvent être lus dans le désordre.
Nadia qui est apprentie journaliste fait des reportages sur des gens bizarres (ce qu'elle continuera de faire dans "la couleur de l'enfer"). Des gens qui inventent des histoires invraisemblables dans l'espoir de passer à la télé. Lapinot et Nadia se mettent à discuter de ce que d'autres peuvent inventer pour se donner l'impression de vivre, que ce soit passer à la télé ou escalader un volcan en éruption en antarctique. Sans parler de Jean-Benoît Grisemine et son idée de baroud d'honneur révolutionnaire. Lapinot se remet ainsi en question et décide d'être moins moralisateur et rigide. C'est pas gagné, non.
Contrairement aux précédents albums de "Lapinot" il n'y a pas vraiment d'intrigue ici. Tout tourne autour des personnages, de leur psychologie et philosophie face à la vie. Les lecteurs qui ont aimé "Walter" ou "l'accélérateur atomique" pour l'action voudront peut-être passer leur chemin. La quatrième de couverture dit bien que 'ce sixième tome des "formidables aventures de Lapinot" réjouira les amateurs de gens qui se parlent, de gens qui discutent, de gens qui blablatent', pas de course poursuite en hélicoptère ni de kidnapping par des espions étrangers. Juste une question : que signifie vivre "pour de vrai" ?