Petit-fils de celui qui inventa la machine à calculer, Burroughs n'en finit pas de tuer le grand-père. Dans ce roman d'anticipation, (drôle de roman en vérité, présenté comme le scipt d'un film improbable), Burroughs empoigne une bonne fois pour toutes le vieux mythe du retour à la nature et lui tord le cou. A une société qui vient d'imploser pour avoir cherché à tout contrôler, à tout calculer et à tout prévoir, se substitue une anti-société qui n'est pas non plus la nature, mais conjugue régression (les bandes prédatrices), dissociation (psychotropes de tous ordres et déchaînement d'une sexualité non pas libérée mais déréglée) et mutation (les garçons-planeurs et autres triturations de l'essence humaine). La désarticulation du temps, la dispersion de l'action sont à l'image d'un futur qui a pour l'auteur déjà commencé... On pense à Roussea, à Nietzsche, bien sûr... Moi, ces fantasmes visionnaires d'une bestialité qui serait comme la secret caché, le destin puis la rédemption de notre histoire m'évoque Machiavel: il y a du centaure dans ces garçons-là!