La thèse centrale du très bon livre de John Lynn est celle d'un Louis XIV pratiquant, à partir de 1680, une stratégie essentiellement défensive, mais ressentie comme agressive par les autres puissances européennes (surtout par les Provinces Unies et par les Impériaux) en raison de la puissance du Royaume d'alors et du sens de l'honneur du Roi-Soleil, considéré souvent à tord, comme un monarque arrogant : "Les contemporains considéraient les efforts de Louis XIV pour établir des frontières défendables entre Rhin et Meuse comme le prélude à des offensives ultérieures - qui en réalité n'étaient pas dans ses projets. De même, la guerre de Succession d'Espagne, considérée comme la plus "condamnable" parce qu'elle fut interprétée comme un nouveau plan de domination européenne, est un conflit dont il ne voulait pas et qu'il tenta d'éviter. En vérité, l'appréciation bonne ou mauvaise, que firent ses voisins de ses buts stratégiques dérivait à la fois de ses tactiques agressives et de son style impérieux" (page 54). Le livre détaille ensuite, années après années, les opérations des cinq guerres du règne personnelle de Louis XIV : Guerre de Dévolution, Guerre de Hollande, Guerre des Réunions, Guerre de la Ligue d'Augsbourg et Guerre de Succession d'Espagne.
Les particularités de l'art de la guerre de l'époque y est passé en revue : "Fruit et cause de l'indécision du combat, le rythme opérationnel de la guerre continue était d'une lenteur infinie. Pour illustrer la difficulté de toute chose en temps de guerre, Clausewitz donne l'image d'un homme qui marche dans l'eau ; les opérations au temps du Roi-Soleil évoquent plutôt l'image de soldats dans la boue jusqu'à la ceinture. Certaines poussées de marches rapides, comme les exploits périodiques de Turenne ou Créqui sur le Rhin et la descente de Marlborough vers le Danube en 1704 ne doivent pas occulter la lenteur habituelle des avancées" (page 378). La conclusion est très clair : « La diplomatie coexistait avec l'action militaire. Tandis que Napoléon imposait par les armes, Louis XIV négociait ».