J'ai lu ce livre après avoir été pendant une période (heureusement courte) une sorte d' "intello précaire". C'est un livre amusant, j'ai retrouvé pas mal de situations vécues autour de moi. Parmi les idées importantes de ce livre, on peut retenir:
- La diversité des profils des intellos précaires. Malgré certains points communs (population urbaine, jeune, diplômée), les intellos précaires travaillent dans des secteurs différents (culture, journalisme, recherche scientifique) qui ne correspondent pas aux mêmes besoins de la société. Il est de bon sens de se scandaliser davantage de la précarité d'un chercheur en médecine ou d'un ingénieur informaticien que de la précarité d'un pigiste spécialisé dans la musique techno ou de celui qui cherche à travailler dans "l'événementiel" (comme le disait Michel Serrault dans "Tout le Monde il est Beau, Tout le Monde il est Gentil": "J'ai choisi la culture, c'est ce qu'il y avait de plus facile").
- Le fait que la précarité des diplômés n'est pas seulement due à certains patrons-voyous du privé, mais aussi à l'État qui y contribue également en instaurant une sorte de service public à deux vitesses.
- Le comportement "décroissant" (bien que ce terme n'est jamais employé dans le livre ; existait-il à l'époque ?) des intellos précaires: habitudes de consommation différentes, chercher à avoir davantage de temps, à re-créer des liens.
- La complicité de certains intellos précaires consentants, prêts à accepter l'effacement entre vie professionnelle et vie privée au nom de la "mobilité" et de la "flexibilité", et participant ainsi au déclassement de certaines activités professionnelles. Il est d'ailleurs bon qu'à la fin de cet ouvrage soit publiee une "charte du précaire" avec des conseils pour éviter l'exploitation à outrance. Comme l'explique bien ce livre, le problème vient du fait que les intellos précaires, mis en concurrence et isolés les uns des autres, ont du mal à se solidariser. Mais le problème ne vient-il pas du communautarisme et du sentiment élitiste dont font preuve de nombreux intellos précaires cités dans l'ouvrage (voire les auteurs elles-mêmes), rejetant ainsi un esprit républicain qui permettrait à tout le monde de s'en sortir ? Et que faisaient nos intellos (précaires et autres) pendant que des milliers d'emplois dans l'industrie étaient en train d'être détruits ?
En bref, un ouvrage intéressant, qui a peut-être un peu vieilli (écrit vers la fin de la période de vaches grasses et de vaches folles de la "Nouvelle Économie" et de la bulle Internet ; il y a un peu plus de 10 ans). Une ré-édition actualisée serait souhaitable (peut-être s'agit-il des "Nouveaux Intellos Précaires" que je n'ai pas lu...).