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Les lois de la gravité Relié – 6 janvier 2003


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"Il y a quelques années, la police est venue à mon domicile pour enquêter sur la mort de mon mari. Ils en ont conclu à un suicide. Eh bien, ce n'est pas vrai. C'est moi qui l'ai poussé du onzième étage".
Une femme pénètre en pleine nuit dans un bureau de police pour confesser le meurtre de son mari. Dix ans jour pour jour après cet homicide déguisé en accident – c'est-à-dire la veille précisément où du point de vue juridique il y a prescription – cette femme, mariée à un homme alcoolique, dépressif et violent qui la battait et battait ses enfants, dévorée de culpabilité et de remords, vient se livrer spontanément. S'engage avec le fonctionnaire de police qui la reçoit et qui l'écoute un échange où les deux êtres, l'homme et la femme, se livrent à une confession intime.
Armé d'un tel scénario Eric-Emmanuel Schmitt aurait fait une longue dissertation rhétorique dialoguée sur la question morale de la valeur du crime. Le propos et le talent de Jean Teulé est tout autre. Entre la femme qui s'accuse et le flic qui récuse, l'auteur parvient à faire surgir toute l'humanité du drame. En arrière-plan de ce magnifique petit roman, on voit poindre par petites touches ("Il est, monsieur, des amours sans douceur", "Je vole des roses dans la ville d'à côté où j'habite"), la détresse de vies sociales brisées. Teulé touche juste quand il fait sonner sobrement ces "mots des pauvres gens", comme disait Léo Ferré, qui sont les seules armes des anonymes de l'existence. Et signe un roman certainement plus engagé et profond qu'il n'y paraît. --Denis Gombert

Extrait

Le corps de Jimmy s’était éloigné horizontalement dans l’air tandis que sa femme reculait, reculait dans la salle à manger en se cachant les yeux. Un mètre devant le balcon, vue imprenable du mari sur son épouse et l’appartement du onzième étage. Il en parut surtout surpris. La nature, elle-même, sembla décontenancée et il lui fallut une fraction de seconde pour se rappeler cette loi naturelle et indiscutable par laquelle un corps lancé dans le vide est attiré vers le bas.
C’est un phénomène physique contre lequel il est inutile de lutter. La femme aurait eu beau se pencher par-dessus le balcon et crier : « Pardon, je regrette. Chéri, chéri, reviens ! », ça n’aurait servi à rien. Quand la chute est lancée, il faut qu’elle aille à son terme. Si la rambarde a été franchie, on ne peut plus rien pour personne.
Jimmy ressentit le vent vertical de la vitesse lui remonter dans les jambes du pantalon. Ce fut pour lui une sensation inédite. Il se rappellera aussi toute sa vie — c’est-à-dire encore une seconde, une seconde et demie —, qu’il avait également plaqué ses bras de chaque côté du corps afin d’éprouver la même vibration dans les manches.
On a parfois de ces idées…
Le policier, lui-même… a de drôles d’idées, se sentant face à un processus dont il se demande bien comment il pourrait en inverser la trajectoire.
— Est-ce que vous avez bien compris, madame, ce qu’il va se passer maintenant pour vous ? Que je vais vous coller en taule, moi ?
— Oui.
C’est un bruit simple comme les talons du mari claquant sur la dalle en béton du parking.

L’officier se lève, claudique jusqu’à l’autre porte du local. Sur le lino gris, entre le bureau de Machebœuf et celui de Gâtebois, se dressent de hautes piles de dossiers aux couleurs administratives. On dirait des tours de cités, s’élevant du macadam, pleines d’histoires superposées, confinées et entassées. Des feuilles débordent de certains dossiers comme des cris aux fenêtres — des impatiences de réparations de préjudices sur procès-verbal bleu. Il s’écoule aussi des mystères de dépositions roses.
Arrivé à la porte vitrée et grillagée donnant sur le couloir des cellules de garde à vue et la cour du commissariat, Pontoise regarde les fourgons garés dans la nuit. Et derrière un muret, il observe le canal. Un train passe, les yeux grands ouverts, sur l’autre bord. Le policier se retourne :
— Et vos enfants ? Encore mineurs je suppose…
— Oui.
— … Que vont-ils devenir ? Déjà qu’ils n’ont plus de père, s’ils n’ont plus de mère… Papa passé par la fenêtre et maman en prison, qui va s’occuper de leur éducation ? Parce que attention, menace-t-il du doigt à l’autre bout du bureau, il n’y a pas que votre vie que vous me livrez là. Il y a aussi la leur. Où sont-ils ce soir ?
— Dans leurs chambres.
— Et demain, ils dormiront où ? À la DDASS ?
Le flic se retourne à nouveau vers la porte grillagée. Berger des songes brisés, il entend les trains s’étrangler au loin dans les tunnels et la mère gémir. Le nœud de l’intrigue se serre autour de la gorge du policier. Il se sent la tête prise au collet alors il tente de s’en débarrasser en se retournant et lâchant à la veuve :
— Barrez-vous !
Il a dit ça aussi sec qu’on enlève un matou d’une chaise.
— Comment ? fait la criminelle interloquée.
Pontoise revient s’asseoir en face d’elle et coudes sur le bureau, les mains jointes, droit dans les yeux, il précise sa pensée :
— Sauvez-vous malheureuse !
— Quoi ?
— Écoutez madame, je n’ai rien entendu de ce que vous m’avez dit. Rentrez chez vous, au revoir. Je ne vais pas prendre ça sinon vous allez aller au trou et pour longtemps. Allez, partez ! La femme, en face, est stupéfaite. Le flic s’énerve :
— Mais c’est inouï, ça ! Vous n’avez eu aucune chance avec ce mari, rien, et puis un jour vous le poussez, bon… Mais personne n’a rien vu et la police a été dupe. Alors moi, je dis, putain, vous avez réussi le crime parfait, là… C’est quand même incroyable, ça ! Et vous venez de votre propre initiative, des années après… Vous avez fait un crime parfait et vous voulez vous constituer prisonnière ? Jamais vu ça de ma carrière !
La femme à l’âme sensible, prise sous une désillusion nouvelle, baisse le front. Pontoise se penche vers elle :
— Vous n’auriez pas dû venir me voir…
Elle lève la tête. Ses lèvres frôlent accidentellement celles, gercées, du policier :
— Monsieur, j’ai cru mourir d’attendre.



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Détails sur le produit

  • Relié: 139 pages
  • Editeur : Julliard (6 janvier 2003)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2260015999
  • ISBN-13: 978-2260015994
  • Dimensions du produit: 20,7 x 13,3 x 1,5 cm
  • Moyenne des commentaires client : 3.0 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (20 commentaires client)
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En savoir plus sur l'auteur

Jean Teulé est l'auteur de treize romans. Parmi les plus notables, Je, François Villon a reçu le Prix du récit biographique ; Le Magasin des suicides a été traduit dans dix-neuf pays (best-seller à Taïwan !). Son adaptation en film d'animation par Patrice Leconte est en cours de réalisation et sortira sur les écrans en 2012. Darling a été adapté au cinéma par Christine Carrière, avec Marina Foïs et Guillaume Canet dans les rôles principaux ; Le Montespan, prix Maison de la presse et grand prix Palatine du roman historique, a été élu parmi les vingt meilleurs livres de l'année 2008 par le magazine Le Point. Son roman Les lois de la gravité est joué actuellement au théâtre par la Compagnie du Brasier. La totalité de son œuvre romanesque est publiée aux Éditions Julliard. Son dernier roman, Charly 9, a rejoint, dès sa première semaine de parution, la liste des meilleures ventes.

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Commentaires client les plus utiles

13 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile  Par Un client le 29 juillet 2003
Format: Relié
La vie, la mort, la conscience : des thèmes éternels , traités de façon moderne à travers le besoin d'exprimer à un autre le plus profond de soi . Le dialogue, tantot apparait comme un exutoire , tantot résonne en soi comme des questions que l'on creuse, peu à peu . Des dialogues si vrais , si naturels, qu'on rentre complètement dans ce livre . Tout celà écrit dans un style délicieux .
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile  Par ides60 le 29 avril 2013
Format: Relié
J'apprécie Jean Teulé mais j'ai pu constater que je n'étais pas toujours en symbiose avec son écriture. j'ai peu aimé "Mangez-le si vous voulez" et j'ai le même ressenti pour ce roman.
Les premières pages promettent une histoire et un suspens étonnants, elles sont plus qu'alléchantes et nous laisse face à une multitudes de questions et plus on avance, plus la déception s'installe, finalement "le soufflé retombe". Les personnages ne sont pas accrocheurs, surtout le flic, plutôt antipathique.
Je n'ai pas adhéré, rien d'égal à "Darling" ou "Le Montespan" ! vraiment dommage.
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile  Par Delannay le 26 juillet 2009
Format: Poche
Ce n'est pas le meilleur teulé, mais il se lit facilement.
Une femme éprise de remords, un policier compréhensif, un huis clos
Des chapitres qui se suivent avec légèreté
une histoire originale.
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Par Dr King TOP 1000 COMMENTATEURS le 9 avril 2013
Format: Poche
Revoici Jean Teulé dans ce qui ressemble à une nouvelle qui serait focalisé sur deux personnages centraux. C'est en fait l'histoire d'un lieutenant de police qui s'apprête à terminer une nouvelle garde un samedi soir et qui va voir arriver dans son petit commissariat, une dame venant se faire arrêter pour le meurtre de son mari plusieurs années auparavant. En effet, ce dernier est un multi-récidiviste des traitements et séjours en médecine psychiatrique pour violences faites sur son épouses et (pseudo) tentatives d' autolyse. C'est lors de l'une d'entre-elles que sa femme va ressentir le besoin inopiné et instinctif de le pousser du onzième étage de leur appartement ; et depuis cet acte non découvert par les forces de l'ordre la hantent chaque jour.
Le policier, ahuri par cette histoire mais plein d'empathie pour cette assassine qui est sans doute plus victime que coupable va de prime abord tenter de raisonner la dame et ainsi lui éviter de finir en prison. Mais son opposante d'un soir semble plus déterminé que jamais, et il reste donc à peine deux heures au lieutenant pour convaincre cet original meurtrier que la maison d'arrêt n'est en aucun cas fait pour elle...
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1 internautes sur 1 ont trouvé ce commentaire utile  Par christophe Goethals le 15 juillet 2013
Format: Format Kindle Achat vérifié
Un super Teule. J'adore....L'auteur sait écrire une histoire simple et tout se déroule dans une seule pièce.
A ne pas manquer comme la plupart des œuvres de Mr Jean Teule (le magasin de suicides).Avec lui, on ne se trompe pas mais çà passe très vite
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Par berna95 le 21 mai 2015
Format: Poche Achat vérifié
Je connaissais cet auteur par la lecture de " Je François Villon". J'ai alors découvert un véritable écrivain , recherche historique, force d'écriture etc .... tout y était .
Mais j'avais commencé par le meilleur !!
Si j'avais lu en premier " les lois de la gravitation " je n'aurais jamais voulu relire un seul livre de Jean Teulé .
Ce roman c'est n'importe quoi, mal écrit , des personnages invraisemblables , quelle déception .
Jean Teule est un touche à tout , bandes dessinées , romans, on pourrait même dire qu'il sait tout faire ;
Oui, peut être........ s'il n'y avait le pire; c'est à dire " Les lois de la gravitation"
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3 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile  Par Pierre-yves Champenois TOP 500 COMMENTATEURSVOIX VINE le 8 novembre 2008
Format: Poche
Tout d'abord, une question : quelle est le problème de Jean Teulé avec les terres normandes? Après nous avoir livré un petit musée des horreurs avec son précédent opus "Darling", il nous conte ici encore une histoire des plus sordides où l'ensemble des protagonistes font l'apprentissage de la folie (sans qu'on sache lequel est le plus dérangé!).
Une femme se rend ainsi au commissariat local pour expliquer qu'elle a commis le meurtre de son mari (alors que l'enquête avait conclu au suicide). Elle ne parvient plus à vivre, rongée par le remord et par les turpitudes de ses enfants (qui se doutent de quelque chose). Aussi elle demande au lieutenant Pontoise de l'arrêter car le lendemain, il sera trop tard car il y aura prescription.
C'est le point de départ d'une course contre la montre improbable pour le policier qui se refuse à emprisonner cette femme car il juge son acte légitime (elle possédait un mari violent).
Teulé parvient encore à émouvoir avec ce récit nonsensique, et pointe comme souvent dans ses romans l'ironie et le cynisme qui sont partis intégrantes de nos vies. Un bon livre, bien qu'un chouia trop "déglingué" par instants.
2 commentaires Avez-vous trouvé ce commentaire utile ? Oui Non Commentaire en cours d'envoi...
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1 internautes sur 1 ont trouvé ce commentaire utile  Par LUNE le 31 octobre 2012
Format: Poche
Histoire où le policier s'identifie à la coupable et le coupable finit par crouler sous la culpabilité .Le récit est bien mené et garde le lecteur en haleine ,
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