Le dernier film en date d'Aki Kaurismaki a été plus ou moins fraîchement accueilli à sa sortie, un certain nombre de critiques trouvant qu'il s'agissait là d'une redite, et les spectateurs ne s'étant pas déplacés en masse. On peut pourtant considérer que c'est un de ses plus accomplis, un de ses plus beaux. Fidèle à sa vision très retravaillée du réel, qui le découpe avec des lignes claires et des couleurs vives, des personnages et des éléments de récit typés (ici par exemple la femme fatale et le pigeon du film noir), Kaurismaki signe ici un film qui file tout droit, sans aucune fioriture. Cela ne signifie pas qu'il y ait peu de choses dans son film, bien au contraire. Sur la condition de l'homme dans nos sociétés contemporaines, le film est éloquent (sans aucun discours surplombant) et plus tranchant que jamais. Dans cet univers où le perdant semble accepter l'acharnement du destin contre lui et où tout le monde est le rouage d'un engrenage, l'espoir n'est pas absent. Un film épuré, magnifiquement éclairé et cadré, qui n'est pas sans rappeler parfois la fulgurance des films muets que Kaurismaki aime tant. Un film qui est à mon avis et au sens le plus littéral du terme le chef d'oeuvre de son auteur.